PAR BÉELZÉBUTH
Am 8,9-12, Mt 12, 22-32
(8 juillet 1982)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Bozouls : Joli démon !
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'est bien connu : qui veut noyer son chien, l'accuse de la rage. C'est un peu ce qui s'est passé ce jour-là, lorsque le Christ a posé publiquement ce signe de la guérison d'un homme aveugle et muet. Je crois que c'est le seul cas dans l'évangile où l'on guérit un homme qui, à la fois, ne voit pas et ne peut pas parler. Cet homme, à partir du moment où il est guéri, a les yeux ouverts sur le Christ, sur les merveilles que Dieu a accomplies pour lui, et ne même temps, il a la langue déliée pour les proclamer. Cette guérison est l'une des plus baptismales qui soient. A la fois, elle délivre du démon qui tenait cet homme sous son pouvoir, en même temps, elle lui donne de voir Dieu, ce qui est l'accomplissement même des promesses et du Royaume de Dieu, et en même temps elle lui donne de pouvoir chanter la gloire de Dieu et de confesser la vérité du salut dont il a été le témoin.
Ce qui est étonnant, c'est que, à partir du moment où ce miracle se produit, la réaction des foules est de dire : "C'est le Fils de David !" Il s'agit à ce moment-là d'une confession de Jésus comme Messie d'Israël. Au milieu de la synagogue, en plein culte, proclamer que quelqu'un pourrait bien être le fils de David, c'est une sorte de confession extrêmement grave et importante qui manifeste que, dans la foule, il y a des personnes qui commencent à reconnaître la messianité du Christ. Or, un certain groupe, déjà prévenu contre Jésus, et nous avons vu les jours précédents les polémiques au sujet du sabbat, un certain groupe prévenu contre Jésus passe à un degré supérieur dans la polémique, précisément parce que le Christ vient d'être manifesté à Israël tel qu'Il est, c'est-à-dire comme Messie, pas encore comme Fils de Dieu, mais déjà comme Messie.
A ce moment-là, on fait courir le bruit que c'est par le prince des démons que Jésus chasse les démons. C'est ce qui explique la réaction si vive de Jésus, en disant que "les péchés seront remis, mais les péchés contre l'Esprit ne seront pas remis." Jésus veut nous faire comprendre que lorsqu'Il fait un miracle c'est l'Esprit de Dieu qui nous donne de reconnaître ce miracle comme un geste sauveur. Le miracle ne s'impose pas de lui-même, comme une sorte de donnée spectaculaire devant laquelle on ne peut pas nier les évidences. Il est certain que bien des gens ont vu des miracles de Jésus et ne se sont pas convertis. Ce qui fait que le miracle est reconnu comme miracle, c'est que, au moment même où Jésus l'accomplissait, l'Esprit de Dieu attestait dans le cœur de certains : "Celui-là n'est-il pas le Fils de David ?" Dans tout miracle, il y a comme deux faces. Il y a, à la fois, la face par laquelle Jésus opère le salut et l'autre face par laquelle l'Esprit Saint nous donne de reconnaître ce salut.
Or, ce jour-là il y avait l'acte sauveur de Dieu, de Jésus-Christ qui guérit ce malade, et l'acte par lequel l'Esprit Saint donnait aux hommes de reconnaître Jésus comme le Messie et comme le Fils de Dieu. C'est pour cela que Jésus dit : si l'Esprit a travaillé dans votre cœur pour reconnaître l'acte sauveur que je viens de poser et que maintenant vous dites que je viens du démon, c'est que vous péchez contre l'Esprit de Dieu, c'est que vous ne laissez pas l'Esprit de Dieu agir en vous pour vous sauver et pour vous régénérer.
Chaque fois que nous sommes en présence des merveilles que le Christ opère en nous, nous devons toujours, à la fois, ouvrir les yeux, comme ce malade, comme cet aveugle pour contempler ce que Dieu fait, laisser notre langue se délier pour proclamer que Jésus est le Seigneur, mais aussi laisser en nous le témoignage de l'Esprit pour reconnaître vraiment ce que Dieu a fait et qu'Il nous engage à être partie prenante de ce geste sauveur qu'Il a fait.
AMEN