PHARISAÏSME ET SAINTETÉ

Nb 11, 4-15 ; Mt 23, 1-12

(18 septembre 1981)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

P

 

our illustrer cet évangile, je voudrais vous citer la phrase qui m'a fait le plus réfléchir pendant toutes ces vacances; elle est tirée d'un livre dont je ne sais même plus le titre : "Les saints ne sont pas ceux qui pèchent le moins, mais ceux qui aiment le plus ". Je trouve cela assez extraordinaire. Je sais bien qu'on peut trouver que cette phrase est dangereuse parce que ça a l'air de dire que pécher n'a pas d'importance et qu'au fond, elle prêche pour un certain laxisme. Pourtant elle définit fort bien la sainteté et ce qui constituait la limite du pharisaïsme. La grande limite de la conception pharisienne de l'existence telle que la critique le Christ, c'est que l'existence se passe à ne pas pécher. Outre que c'est assez ennuyeux, cela n'apporte pas grand-chose. Simplement ne pas faire ceci ou ne pas faire cela, ou s'empêcher telle ou telle joie ou tel moment agréable, simplement parce qu'on se le défend, cette espèce de vie d'honnête homme un peu plate, n'est pas très attirante. Ce n'est pas très encourageant, ce n'est pas très motivant comme on dit aujourd'hui.

Tandis que, et je crois que c'est cela que le Christ veut dire, le véritable problème c'est d'aimer le plus. C'est-à-dire que ce que ne découvraient pas les pharisiens, obnubilés qu'ils étaient par l'aspect négatif de la loi, c'est que, en réalité, la seule chose qui pouvait sauver c'était un amour. C'était d'abord l'amour de Dieu qui venait à leur rencontre et d'autre part cette`e manière dont ils essayaient de répondre, de se laisser entraîner le cœur. Seulement, c'est là la difficulté de notre existence humaine, et que ce soit en matière de foi où c'est particulièrement évident ou même dans les autres secteurs les plus modestes de notre vie, nous nous rendons bien compte que l'homme est toujours à une sorte de frontière. Il y a une sorte de terrain bien balisé, bien connu dans lequel on se sent à l'aise, les réactions qui nous sont familières, les données qui nous coutumières ; et là, nous nous trouvons bien. Mais en fait, sans cesse, nous sentons que nous sommes comme au bord d'un précipice, qu'il y a quelque chose d'un autre domaine dans lequel il faut accepter de perdre pied. Je crois précisément que la sainteté par rapport au pharisaïsme c'est cela. Au fond, le pharisaïsme, c'est une caricature de la sainteté. Pourquoi ? Parce que c'est une sainteté parfaitement domestiquée, parfaitement réduite à un certain nombre de critères humains qui nous sont familiers. Là, on est chez soi. C'est la sainteté chez soi, dans nos pantoufles, devant la télé. C'est cela le pharisaïsme.

Tandis qu'il y a une autre forme de sainteté que le Christ est venu nous apporter et qui est un peu dangereuse, dans laquelle on n'est pas toujours sûr de mettre le pied sur un terrain ferme, solide et stable Cette sainteté a quelque chose de dévorant, d'entraînant, quelque chose qui nous aspire vers l'infini et vers l'abîme. Et c'est cela que le Christ dit aux pharisiens. Il ne leur conteste pas le titre de docteur, de directeur. Ils peuvent se mettre tous les titres et se façonner la plus belle carte de visite de sainteté qu'ils veulent. En réalité tout ceci est de l'ordre de leur récompense à eux. Ils ont déjà vraiment leur récompense. Tandis que ce que le Christ nous propose c'est que ce soit Lui-même, c'est que ce soit l'abîme infini de l'amour de Dieu qui soit notre récompense. Alors je crois que quand nous entendons ce texte, il suffit simplement de savoir où nous voulons poser le pied.

 

AMEN