IL ENSEIGNAIT AVEC AUTORITÉ
Gn 46, 1-7+28-30 ; Mt 7, 21-29
(10 juillet 1981)
Homélie du Frère Michel MORIN

Capharnaüm : synagogue
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'est chaque jour et à chaque instant que notre esprit, nos oreilles ou notre cœur sont provoqués par des foules de mots, par un langage incessant, par des hommes qui parlent et qui écrivent. C'est chaque jour que nous sommes confondus par un certain nombre de paroles que nous saisissons sans trop bien les comprendre. C'est à la mode de dire que notre société a pour caractéristique principale celle de l'audio-visuel, celle de la parole, cette magie du mot que l'homme malgré toute sa technique n'arrive pas bien à maîtriser pour charger ces mots de tout ce qu'il veut dire, de tout ce qu'il veut partager. Nous sommes aujourd'hui des êtres aux oreilles hypertrophiées, aux oreilles extrêmement grandes dont la profondeur serait inversement proportionnelle à la hauteur et à la largeur. Or nous sommes ainsi faits que le fond de nos oreilles, ce doit être non pas notre cerveau mais notre cœur. Bien peu des paroles que nous entendons atteignent, transforment notre cœur, c'est-à-dire toute notre vie. Nous sommes entourés de scribes qui parlent sans autorité, c'est-à-dire qui ne parlent pas d'eux-mêmes, car ils sont parfois trop pauvres en eux-mêmes, mais qui répercutent ce qu'ils entendent, très souvent en l'interprétant.
Or Jésus, aux dires de plusieurs évangélistes, plus spécialement Matthieu et Luc, enseignait comme un homme qui a autorité et non pas comme les scribes. Parmi toutes les paroles que nous entendons, il y a la Parole de Dieu. Nous venons chaque jour l'écouter. Nous venons l'entendre. Il faudrait savoir si elle ne fait que toucher nos oreilles ou si elle atteint de temps en temps le fond de notre cœur. Il faudrait savoir si nous la recevons, comme ces milliers d'autres paroles que nous entendons dans les magasins, dans la rue ou à la télévision et que nous oublions très vite, parce que nous y portons très peu d'intérêt. Il faudrait savoir si la Parole de Dieu est vraiment parole de Dieu ou parole tout court.
Jésus enseigne avec autorité, tout simplement parce qu'il ne parle pas au nom de quelqu'un d'autre comme les scribes qui avaient derrière eux toute la tradition, qui ne faisaient que répercuter, qu'interpréter, que redire. Jésus parle de Lui-même parce qu'Il est Dieu. Sa parole, ce n'est pas simplement le son que sa voix émet, ce n'est pas simplement le langage qu'il utilise, ce n'est pas simplement l'enseignement qu'il donne au plan didactique, sa parole c'est Lui-même. A la limite, il pourrait être silencieux et son silence parlerait beaucoup plus que toutes nos paroles. Mais c'est beaucoup plus difficile d'écouter et de recevoir le silence que la parole, parce qu'il faut soi-même se taire et faire taire notre cœur et tous ces mots toutes ces paroles qui montent sans cesse en lui.
Jésus nous enseigne chaque jour comme aux disciples, comme aux foules, et Il nous enseigne avec autorité. Dans la racine du mot autorité, tant en grec qu'en latin, il y a l'idée fondamentale non pas de soumettre, non pas de commander, non pas d'être supérieur à, non pas de donner des ordres, comme parfois nous pensons que l'autorité doit le faire, mais il y a ce sens fondamental de "faire grandir" (augere, en latin, augmenter), faire pousser, faire fructifier, faire féconder. C'est cela l'autorité de la parole de Jésus. Elle ne vient pas nous couvrir, elle ne vient pas nous obliger, elle vient nous nourrir. Son autorité, c'est Lui-même, c'est son corps, c'est son sang que nous allons recevoir, c'est-à-dire c'est le cœur et c'est la vie de Dieu qui nous est transmise. Aujourd'hui, son corps sacramentel, son sang sacramentel ne parlent pas. Il nous est donné silencieusement mais c'est justement pour que ce corps et ce sang qui est parole de Dieu puisse atteindre pas seulement nos oreilles, mais notre cœur et toute notre vie.
En célébrant cette eucharistie nous demanderons qu'aujourd'hui, au moins, nous puissions recevoir l'enseignement de Jésus avec cette autorité qu'il nous donne, nous puissions un peu plus grandir dans sa fréquentation, dans sa foi, nous puissions un peu plus construire notre vie sur le roc de sa présence, même si cette présence est souvent silencieuse et déroutante aux yeux de notre cœur.
AMEN