LE SIGNE DE LA CONVERSION

Ep 3, 2 + 5-6 ; Mt 15, 21-28

(18 août 2009)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

F

 

rères et sœurs, j'ai envie de dire que notre désir de signes divins fonctionne à l'inverse de la signalisation routière. Imaginez quelqu'un qui fasse des excès de vitesse, qui ne s'arrête pas aux "stop", etc … et à qui l'on dirait : vous avez vu le nombre de panneaux que vous avez partout, vous ne les voyez pas ? Et la personne vous répond : oui, mais moi, j'attends un signe extraordinaire !

Je crois que dans la vie des hommes, il en est de même. Le monde est jonché à plus que soif de signes de la présence de Dieu et nous demandons toujours des signes et des signes extraordinaires. C'était la première remarque.

La deuxième remarque, c'est que vous aurez remarqué que dans la première partie de l'évangile, (je laisserai de côté la question de la doctrine des pharisiens et des sadducéens), Jésus les planta là et il partit. Dieu est présent, toujours, mais sa présence se laisse lire, se fait voir de différentes manières. Il y a la manière dont le Christ est fondamentalement présent, physiquement présent, je dirais aujourd'hui particulièrement à travers les sacrements de l'Église et l'Église en tant que sacrement, et aussi à travers la Parole. Mais en même temps, quand le Christ nous plante là, et que nous avons le sentiment qu'il part, il ne nous laisse pas seul. Je pense que c'est profondément un geste de pédagogie dans le sens où c'est sa manière à lui de nous laisser avec les signes pour que nous en fassions quelque chose. En fait, tous les signes que nous avons, nous devons pouvoir les relire, les travailler. Cela ne sert à rien que le Christ soit toujours à côté de nous, et pour poursuivre toujours la métaphore de la famille et des enfants, cela ne sert à rien que les parents soient toujours à côté de leurs enfants pour leur expliquer. Il faut bien à un moment donné dire les choses, et laisser l'enfant digérer, assimiler la parole, le conseil ou l'ordre qu'on lui a donné pour ce que cela devienne lui, et qu'il puisse après marcher tout seul.

Le fait que Jésus plante là et s'en aille n'est pas du tout un signe de désintérêt de sa part, mais cela fait partie d'une élaboration pédagogique qui est en toute logique en lien avec l'économie divine.

La dernière chose que je voudrais souligner avec vous, c'est aussi l'ambiguïté des signes, et la manière dont on laisse Dieu se faire voir dans le monde. Jésus fait référence dans cet évangile au signe de Jonas. D'un côté on lui dit : fais-nous voir des signes venus du ciel. Jésus explique : le soleil, les oiseaux, etc … vous pouvez vous repérer. Mais moi, je ne vous donne qu'un seul signe, c'est le signe de Jonas. Qu'est-ce que ce signe ? Jésus fait explicitement référence à la conversion, à la demande de pardon, à la réconciliation. C'est très important, car on pourrait faire le rapport entre la réconciliation et les panneaux autoroutiers. C'est un point fondamental dans la vie chrétienne. Il ne s'agit pas d'essayer de chercher des signes extraordinaires, mais le signe qui nous est donné dans lequel Dieu se fait percevoir et toucher, c'est quand nous nous convertissons et que nous nous réconcilions avec les autres.

C'est à la fois difficile comme de respecter les limitations de vitesses, et en même temps, c'est tellement simple qu'on l'oublie, exactement comme quand on accélère un peu, encore un peu, et puis on se trouve à 160 au lieu des 130 réglementaires. C'est tellement évident, comme le nez au milieu de la figure, qu'on oublie que le seul signe que le Christ nous donne et qui le fait percevoir au milieu de nous, c'est la réconciliation.

Frères et sœurs, que cet évangile soit pour nous l'occasion de méditer de ce que nous attendons de Dieu, de la manière dont nous essayons de le percevoir dans ce monde. Si nous voulons absolument de sa part le voir avec des signes extraordinaires, ce n'est pas sûr que cela va beaucoup marcher parce que ce n'est pas cela qui fait de nous des chrétiens. En revanche, si pour nous c'est le signe merveilleux qui est la conversion et la réconciliation, là je peux vous assurer que le Christ sera présent aussi sûrement que lorsqu'il dit à ses apôtres qu'il est au milieu d'eux quand ils prient ensemble et quand ils s'aiment ensemble.

Frères et sœurs, c'est ce que le Christ dit : "Voyez comme ils s'aiment, c'est la preuve que je suis au milieu d'eux". Que nous puissions faire nôtre cette parole, que notre souci de conversion et notre recherche de communion les uns avec les autres soit fondamentalement le signe de Jonas et par conséquent le signe de la présence de Dieu au cœur de notre monde.

 

AMEN