NOTRE RELATION À DIEU EST COMMUNION

Ep 2, 19-22 ; Mt 15, 10-20

(14 août 2009)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Pureté de la création

V

 

oilà les choses qui souillent l'homme, mais manger sans se laver les mains, voilà ce qui ne souille pas l'homme". Frères et sœurs, il faut toujours se laver les mains avant de manger, c'est une question d'hygiène élémentaire, et aujourd'hui surtout, c'est une question importante pour éviter d'attraper la grippe, c'est bien connu.

Cela étant, ce passage est peut-être beaucoup plus important qu'on ne le croit. Nous avons perdu totalement dans la culture chrétienne et dans ce monde actuel, la véritable signification de ce qui est pur et de ce qui est impur. Nous avons moralisé à l'excès la question de pureté et d'impureté, et d'autre part, nous aimons assez facilement opposer ce qu'on appelle la loi, à la liberté. Nous disons que la liberté est la chose la plus importante que l'évangile nous a donné, et qu'à partir du moment où l'on essaie de faire ce qu'on peut, avec beaucoup de cœur, Dieu ne viendra pas nous condamner.

Mais il faut faire un voyage culturel, laisser tout cela de côté, revenir aux sources et comprendre ce que signifiaient les mots de pur et d'impur au temps du Christ et chez les pharisiens dans le judaïsme. En fait, la notion de pureté et d'impureté n'a rien à voir avec la moralité. Qu'est-ce que la pureté et l'impureté ? Je prends un exemple extrêmement simple : un crustacé est impur non pas parce qu'il a blessé la personne qui l'a capturé, cela n'a absolument rien à voir avec un acte mauvais que ce pauvre animal aurait accompli. Tout simplement, cet animal qui est dans l'eau, devrait normalement comme tous les animaux qui vivent dans l'eau, avoir des écailles et des nageoires, et le crustacé, il a des pattes et une carapace. Autrement dit, il y a dans la notion de pureté et d'impureté, il y a l'observation faite par une culture, une civilisation vis-à-vis de la création, et on se dit que c'est bizarre, que cela devrait être totalement comme cela, c'est-à-dire que si l'on vit dans l'eau, on a des branchies, des nageoires, etc … et pourtant, il y a des animaux qui ne répondent pas entièrement à ces critères. Je ne vais pas vous donner toute la listes des animaux purs et impurs, mais c'est cela qui est derrière. En fait, il y a une sorte d'inadéquation entre ce que l'homme voit de la nature et de sa perfection.

Par conséquent, l'homme devient pur ou impur à partir du moment où lui aussi va se mettre à avaler un aliment, à consommer quelque chose qui va l'assimiler à cet aliment. Je le redis, cela n'a rien à voir avec un acte mauvais. Le fait qu'une femme perde son sang régulièrement, c'est impur et pourtant, elle n'y peut rien.

Je crois que ce que dit le Christ dans ce passage est important. Ce qu'il veut dire, c'est que chez les pharisiens, et pas uniquement chez eux, il y a l'idée d'une lecture selon laquelle nous sommes vraiment des créatures, et que notre relation avec Dieu ne se fait que sur le mode de la créature à la création. Le moyen pour atteindre cette plénitude, c'est de nous mettre en état de pureté. Jésus va introduire une notion nouvelle qui se retrouve dans l'épître aux Éphésiens : "Ainsi donc, vous n'êtes plus des hôtes ni des étrangers, mais vos êtes concitoyens des saints, de la maison de Dieu". Vous êtes "de" la maison de Dieu. Saint Paul va expliquer que le chrétien n'a plus un mode de consommation pour entrer en communion avec Dieu, mais le chrétien lui-même fait partie de cette maison, et il atteint cette pureté non pas en évitant de manger certains aliments, mais en fait c'est ce qui sort de l'homme.

Jésus, et à sa manière saint Paul, disent que nous participons à la création, au projet que Dieu a sur nous et sur les autres. Et en participant à ce projet, nous n'avons plus à penser uniquement en termes de pureté et d'impureté pour savoir si nous mangeons quelque chose d'impur, mais c'est de savoir si nous passons de la passivité à l'activité. L'important, n'est pas la question de la pureté ou de l'impureté, mais c'est la question que nous sommes divinisés, nous sommes des enfants de Dieu, nous participons en fait à la création et à l'œuvre de Dieu et ce que Dieu nous donne pour entrer en communion avec lui, ce n'est plus d'éviter l'impureté, mais c'est d'être à notre tour au cœur de cette vie morale que nous avons à vivre par notre baptême.

Frères et sœurs, je pense que Jésus a tout à fait raison, ce qui est impur ce n'est pas ce que nous avalons, ce qui est impur c'est ce qui sort de nous. Je parlais tout à l'heure de l'adéquation entre la créature et la création, entre la créature et le projet de Dieu. Les juifs pensaient que les coquillages n'étaient pas en adéquation avec le plan de Dieu. Je crois que c'est ce que dit le Christ aussi par rapport à notre cœur. Nous sommes faits pour entrer en communion les uns avec les autres. Nous sommes faits pour participer au plan de Dieu et ce qui ne va pas, c'est l'acte ou la pensée qui à un moment donné vont nous freiner et vont nous sortir de ce plan divin.

Ces deux passages nous invitent à méditer sur le statut du chrétien. Le christianisme, la vie chrétienne ne sont pas d'abord une affaire de consommation, nous ne sommes pas simplement des invités à la maison de Dieu, nous sommes véritablement "de" la maison de Dieu. Ce que nous sommes participe à l'édification de la maison de Dieu et par conséquent notre souci, c'est de savoir la manière dont nous participons à l'élaboration de cette demeure de Dieu. Il est dommageable souvent que certains chrétiens, ou que certaines personnes qui se disent croyantes ou chrétiennes imaginent que la vie religieuse consiste à éviter de faire du mal (ce n'est déjà pas si mal), mais qu'elle consiste surtout à s'extraire de ce monde. Le passage que nous avons lu dans l'évangile comme dans l'épître, c'est exactement l'inverse. Il n'y a rien de plus divin que de s'investir dans cette demeure faite par Dieu et à laquelle nous participons à notre mesure.

 

AMEN