SOYONS SEMEURS DE LA PAROLE

1 Co 1, 18-25 ; Mt 13, 1-9

(1er juin 2009)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Quelle terre ?  

C

hers amis, en célébrant saint Justin, un saint pour lequel j'ai beaucoup de vénération, nous célébrons aussi un martyr. Demain, ce seront les martyrs de Lyon, sainte Blandine, saint Pothin, et saint Alexandre. 

Je trouve très beau que nous lisions pour saint Justin, un martyr, le semeur qui part semer la parole. Pourquoi ? parce que saint Justin a été vraiment converti par la Parole de Dieu. Il a vraiment senti, compris dans son cœur, le mystère du salut en lisant. Il raconte lui-même le récit de sa conversion. C'est à peu près à la même époque, saint Justin, c'est vers les années cent cinquante, et les martyrs de Lyon, c'est cent soixante-dix-huit. Saint Justin dit qu'il a rencontré un vieillard qui lui a donné à lire les Écritures. Il a été littéralement ensemencé comme dans le geste du semeur qui jette la Parole. D'autre part, il a terminé martyr comme Alexandre, comme les martyrs de Lyon, c'est-à-dire dans un geste de semeur il a versé son sang. Vous connaissez aussi cette parole de Tertullien qui dit : "Le sang des martyrs est une semence de chrétiens". Le sang devient le principe vivificateur de l'Église et du monde parce que c'est le sang qui porte le témoignage du Christ. 

       C'est vrai que nous avons là les éléments essentiels de la vie chrétienne. Si le Christ s'est comparé à un semeur, c'est parce qu'il a eu conscience toute sa vie dans son apostolat, dans sa mission, qu'il faisait le geste de surabondance du semeur. Quand un semeur à l'époque jetait le grain, c'était celui qui donnait apparemment à fonds perdu la semence à la terre. Il y avait là une sorte de geste de confiance, car on ne savait pas exactement quel poids de grain allait être récolté. C'est pourquoi à la fin de la parabole, Jésus qui est très au courant des problèmes des agriculteurs de son temps, il dit : "Le grain va produire trente, soixante ou cent pour un". Il explique bien à ce moment-là, la manière de calculer le rendement à l'hectare à l'époque, il est conscient du fait que le rendement du blé va être extrêmement varié. 

       Mais cela n'empêche qu'il faut donner la vie, il faut jeter la Parole. Jésus sait très bien qu'il y a une partie de ce grain qui va tomber dans des mauvaises herbes, dans des épines, qui va être mangé par les oiseaux, qui va tomber sur la caillasse du chemin, il sait tout cela. Mais il dit : si vous voulez être mes disciples, il faut à votre tour, être semeurs de cette Parole. 

       Aujourd'hui, lorsque nous baptisons Alexandre, c'est exactement ce qui s'accomplit. A la fois le Christ sème l'Esprit Saint dans le cœur d'Alexandre, mais cette semence ne poussera que si nous aussi, d'abord les parents, le parrain et la marraine, mais aussi notre communauté, si nous sommes les semeurs de la Parole, si nous sommes les coopérateurs du Christ semeur. 

       Dans toute l'histoire de l'Église, ce qui a été grand et extraordinaire, ce n'est pas la faculté qu'a eu l'Église de compter les résultats, tant de conversions par an, mais c'est de dire : on a semé la Parole, on a jeté le grain, on a donné la vie du Christ, on a donné la vie de l'Esprit. C'est cela qui est l'essentiel et c'est cela seul qui compte. 

       Alexandre, reçois aujourd'hui dans ton cœur la semence de l'Esprit, reçois la semence de la Parole, et que tous ici, nous prenions l'engagement de la faire grandir dans ton cœur tout au long de ta vie. 

 

       AMEN