TRANSFIGURATION
Ps 83
(27 février 1994)
Homélie du Frère Michel MORIN

Descente du Thabor
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ous allons relire ensemble, prier ensemble ce texte du psaume 83. C'est ce psaume que Jésus priait ce samedi soir probablement de la nuit de la Transfiguration. Si ce n'est vrai ou pas chronologique du jour de la semaine, théologiquement c'était sûrement le samedi soir. Et en montant Jésus priait dans son cœur ce psaume 83.
J'en reprends quelques versets en commençant par le sixième couplet : "Bienheureux l'homme qui trouve en toi sa force !" dit Jésus à son Père, Jésus homme, "qui veille en son cœur, à monter jusqu'ici en Ta présence !" puisque la montagne est la présence de Dieu. Et dans le cœur d'homme de Jésus, il y a cet amour de sa demeure, de la demeure du Père qui veille, il y a le désir d'entrer dans la gloire du Seigneur qui le consume, il y a son cœur et sa chair qui crient de joie vers son Dieu, le Dieu vivant. Il y a cette louange au Dieu de l'univers pour tous ceux qui habitent le monde même le passereau en son abri et la tourterelle en son nid. Et cette prière du Seigneur Jésus montant vers le sommet de la montagne épouse la prière de son peuple. Elle est forte et pleine de la vallée de désolation qu'Il a parcouru en rencontrant la veuve de Naïm et Jaïre dont la petite fille était morte. Il avait dans son cœur l'émotion de la Samaritaine en qui Il venait de faire jaillir une source d'eau vive. Et le bonheur du percepteur Zachée qui, lorsqu'il descendit de son arbre, s'aperçut que descendait sur lui la bénédiction des pluies de l'automne de sa vie. Et puis tous ces hommes qu'Il a rencontrés en chemin et pour qui leur force s'est renouvelée lorsqu'ils ont pressenti que, dans Sion, Lui leur Seigneur, se manifestait à eux. Et forte de ces visages, de ces drames et de ces conversions, de ces désolations et de ces bénédictions, la prière du Seigneur suit le regard de ses yeux vers le sommet de la montagne vers le roi qui le protège, et vers ce visage de son Père. Il le supplie de regarder son visage à Lui, le visage de son Christ. "Regarde le visage de ton Christ !"
Et puis revient ce bonheur de vivre dans la demeure de Dieu, d'être Fils de Dieu, qui de fait vaut pour Lui plus que mille jours passés sur la terre en cette étape dont saint Paul nous dit qu'il "a délaissé la gloire de la Demeure de Dieu pour s'anéantir au plus bas de l'humanité". Lui qui s'est toujours tenu, depuis l'éternité, non seulement au seuil mais dans la Maison de Dieu et qui est venu, un temps, habiter sous la tente des pécheurs. Et puis Il pressent des jours d'obscurité. Il appelle son Seigneur, son soleil. Il pressent des jours de combat, Il appelle son Seigneur, le bouclier. Il pressent les jours d'humiliation et Il appelle la grâce et la gloire. Et Il sait qu'au bout de son chemin Il atteindra la perfection du salut, du dessein selon la volonté du Père.
Jésus a prié ce psaume en montant vers le sommet du Thabor. C'est sûrement pour cela que nous le chantons ce soir. En montant au Thabor Il était seul à le prier, mais Il montait "pour prier", donc Il montait en priant, car la prière n'est pas simplement un moment chronologique, c'est la disposition de tout être à tout instant de sa vie. Pendant ce temps-là, les apôtres grimpaient difficilement. Ils étaient endormis accablés de sommeil.
En descendant de la montagne, les apôtres priaient avec le psaume 83. Ils sont entrés dans la prière du Seigneur, ils sont entrés dans la lumière de sa chair, ils sont entrés dans le mystère de la présence de Dieu et ils ont demeuré un instant sous sa tente, celle que Pierre n'avait jamais pu construire, même en triple exemplaire. Les apôtres en descendant, silencieusement car Jésus leur avait demandé de ne rien dire, avant sa résurrection, avaient leur cœur et leur chair qui criaient de joie vers Dieu vivant mais vers le visage de son Christ en qui ils venaient de contempler sa présence. Les apôtres, en descendant, ont senti de quel amour ils commençaient à aimer la demeure du Seigneur de l'univers, pas simplement la terre et le ciel des passereaux et des tourterelles, mais cette demeure qui était la chair du Fils. Les apôtres, en descendant, ont trouvé leur force, cette force peut-être les abandonnera plus tard lorsqu'ils ne pourront pas veiller une heure avec Lui, alors qu'ils montaient aussi en sa présence sur une autre colline. Les apôtres priaient ce psaume 83 et sentaient déjà que dans la vallée de toute désolation humaine viendrait jaillir une source et que même lorsque l'hiver viendrait, une bénédiction de pluie tomberait pour attendre les semailles et les récoltes du printemps du Royaume nouveau. Ainsi leur force se renouvelait puisque le Seigneur venait de se manifester en eux sur la terre de Sion.
Et ils ont eux aussi repris ces versets du psaume : "Seigneur, sur le Roi, Lui Jésus qui nous protège, regarde le visage de ton Christ que Tu nous donnes pour notre Christ." Ils ont pressenti là tout le bonheur qu'ils connaîtraient un jour sur la terre des vivants, dans la lumière de Dieu, loin de la tente des pécheurs, sur le seuil de la maison de Dieu. Et ils ont adressé au Seigneur Christ cette prière du psaume : "Seigneur, Tu es mon Soleil, le bouclier qui désormais me protège. Ta grâce et ta gloire nous comblent". Et alors nous pourrons marcher, malgré la nuit, les obscurités, les lâchetés, sur ce chemin puisqu'il conduit à la perfection, puisque le Seigneur ne refuse à personne le bonheur de ceux qui mettent en Lui toute leur foi.
Nous sommes venus à l'Office sans prier ce psaume. Nous avons célébré la Transfiguration. Puissions-nous redescendre chez nous en priant ce psaume.
AMEN