SOMMES-NOUS LIBRES D'AIMER ?

Tb 6, 14-18

(30 août 2008)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Saint Macaire : l'Ange Gabriel

F

rères et soeurs, peut-être avez-vous frissonné comme moi à la lecture du livre de Tobie, car cette fois-ci amour ne rime pas avec toujours, mais avec mort ! C'est un couple qu'on rencontre plus souvent qu'on ne le croit dans notre vie. Amour et mort, il est vrai que quand on a un adversaire en chair et en os, c'est facile de lui fixer un rendez-vous au petit matin frais dans un champ où perlent encore les gouttes de la nuit, et de le provoquer en duel, avec un pistolet, ou un sabre, au choix. Mais là, il faut reconnaître que les pauvres prétendants ont eu fort à faire puisque l'adversaire était un démon. Que voulez-vous faire contre un démon ?

Je crois qu'au-delà de l'anecdote qui pourrait nous faire sourire à l'écoute de ce petit livre de Tobie et de ce passage en particulier, je crois que nous sommes invités à méditer que quelque chose qui hante à chaque instant notre imaginaire. En définitive, et parce que nous n'avons jamais une réponse à cette question, en définitive, qu'est-ce que c'est que l'amour? Est-ce la liberté ? Est-ce qu'il m'est donné de choisir celui ou celle que j'aime sans aune histoire, sans aucun problème ? Ou bien l'amour est-il déterminé par avance ? et par conséquent, nous ne sommes pas libres d'aimer. Face à cette question vis-à-vis du déterminisme de l'amour, il y a de nombreuses écoles. Il y a le déterminisme en sciences sociales qui vous dira que de toute manière, faisant partie de tel ou tel milieu social, vous avez quatre-vingt-quinze chances sur cent de rencontrer quelqu'un de votre milieu et que les atomes crochus se mettront en place et que vous épouserez quelqu'un de votre condition. Les biologistes vous diront que tout cela est déterminé par le corps et par le nez, puisque certains seront plus à même de reconnaître l'odeur et d'être attiré par telle ou telle personne. D'autres vous diront que comme les blondes sont en voie de disparition, c'est la raison pour laquelle les hommes sont attirés par les blondes, car on court à la catastrophe, il y a de moins en moins de blondes. C'est la raison pour laquelle elles plaisent, car elles savent que si elles ne plaisent pas elles vont disparaître. D'autres vous diront que le déterminisme, etc … etc …

Frères et sœurs, est-ce que nous sommes libres d'aimer ou pas ? Je vous signale que dans le petit passage que vous avez entendu, Raphaël dit à Tobie : "N'aie pas peur elle t'a été destinée dès l'origine, c'est à toi de la sauver". Par rapport à certains qui pensent que nous sommes totalement libres d'aimer et que si on n'avait pas épousé un tel ou une telle de toute façon, on aurait trouvé chaussure à son pied, ce petit texte est un peu gênant vis-à-vis de cette théorie. C'est assez bizarre de voir au cœur de la Bible qui prône la liberté totale des enfants de Dieu, il y a comme une odeur (pardonnez-moi l'expression car il est aussi question de brûler les entrailles du poisson pour faire fuir le démon), il y a comme une odeur de destin. J'avais entendu dans un passage précédent dans le livre de Tobie, il est comme écrit à l'avance que Tobie épousera Sarra. La preuve en est que ce démon est comme le gardien de cette femme, parce qu'il l'aime sans doute, comme si tant que le véritable époux n'arrive pas, Sarra ne peut pas épouser un autre homme. Elle est comme promise dès l'origine à Tobie. Que cela nous plaise ou non, c'est bien ce qui est dit dans ce petit livre.

Ce que Raphaël dit nous renvoie au premier chapitre de la Genèse ? Exactement comme dans le premier chapitre de la Genèse la femme est tirée du corps de l'homme, l'homme étant comme scindé et criant : "ah ! voici l'os de mes os et la chair de ma chair", parce qu'il n'a pas trouvé dans les bêtes de la création une aide qui lui soit assortie, ces textes sont très proches. Dans les deux cas, il est question d'un retour à l'origine, et comme d'une reconnaissance à posteriori de quelqu'un qui m'était promis depuis l'origine.

Je n'ai pas la prétention de régler une bonne fois pour toute cette question de la liberté entre l'amour et le déterminisme, mais ce petit texte nous dit qu'à travers l'amour conjugal, nous sommes invités à goûter, ou à retrouver cet amour et cette communion totale qui existait au paradis entre Adam et Ève d'une part, et l'amour d'Adam et Ève disant l'amour de communion total de l'humanité et de Dieu.

Que ce petit passage nous invite à réfléchir sur notre condition d'homme et de femme, et aussi à réfléchir à notre origine. Le péché brise cette communion avec Dieu. Nous sommes comme en exil, notre relation à Dieu est comme brisée, comme un miroir éclaté, et le petit livre de Tobie nous dit : non, n'ayez crainte, vous venez de Dieu, vous êtes promis à Dieu, et un jour, quoiqu'il arrive, vous serez restaurés complètement et intégralement dans cette image qui était celle que vous aviez reçue à l'origine, l'image d'enfant de Dieu. En attendant les noces éternelles, du Christ et de l'humanité, continuant avec confiance notre pèlerinage sur terre et essayons au cœur même de ce monde et de nos relations, qu'elles soient conjugales, amicales ou professionnelles, à redécouvrir et à mettre à l'honneur cette communion que le Seigneur veut pour chacun d'entre nous.

 

AMEN