VERS DIEU EN COMMUNAUTÉ

Tb 4, 3-11

(16 août 2008)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Liège : Église Saint Barthélemy
Bannière de procession

J

e vous le dis, en vérité si deux d'entre vous sur la terre unissent leurs voix pour demander quoique ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux. Que deux ou trois en effet soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d'eux".

Saint Jean de la Croix fait un très beau commentaire de ce texte, dans la Montée du Carmel. Il explique que Dieu ne veut pas que personne ne mette sa confiance dans on propre sentiment. Saint Jean de la Croix est un solitaire, un contemplatif, il sait combien la vie solitaire peut être dangereuse au niveau spirituel. Je me souviens de ce que disait le Père blanc qui célébrait la messe au carmel du Pater à Jérusalem, il disait que le plus grand péché des contemplatifs, c'est de vivre tellement solitaire qu'ils en viennent à faire confiance non plus en la volonté de Dieu, mais en leur propre volonté, croyant d'ailleurs que la volonté de Dieu est la leur.

C'est très difficile de vivre seul. Saint Jean de la Croix continue son commentaire en rappelant un petit passage de Qohélet, dans lequel cet auteur dit que le solitaire, s'il vient à tomber, il ne trouve personne pour le ramasser, et quand on dort tout seul, qui va vous réchauffer ? Cette articulation entre solitude et communauté se retrouve au cœur de l'évangile que nous sommes en train de lire depuis un moment, puisque le chapitre dix-huitième correspond à ce que nous appelons le discours ecclésiastique. Qu'est-ce que ce discours. C'est le Christ qui s'adresse à ses apôtres pour leur expliquer comment on vit ensemble. C'est cela l'Église. Ce que rappelle le Christ, c'est que si même nous venons de Dieu et que nous allons retourner à Dieu, nous ne pouvons le faire seuls et nous avons besoin de la communauté. C'est ce que dit saint Jean de la Croix dans le commentaire que je viens de vous livrer, et c'est ce que dit le Christ dans son évangile.

Dans le livre de Tobie, on a entendu Tobit, le père qui se demande s'il ne va pas mourir, livre son testament à son fils, mais le testament ne contient pas de conseils concernant la destination des biens terrestres. Il dit comme le Décalogue : tu n'es pas obligé d'aimer tes parents, mais au moins, il faut les respecter. Mais ce n'est pas vraiment cela qui est au centre des préoccupations de Tobit. Dans son long développement qui concerne l'aumône, il nous dit que l'importance de ce geste consiste dans le fait qu'elle a pour but de garder, d'entretenir, un lien ecclésial, un lien de communauté avec nos frères. Je ne fais pas l'aumône parce que moi je suis riche et que l'autre est pauvre, en lui balançant une pièce, je ne fais pas non plus l'aumône parce que je sais ce qui est bon pour l'autre, je ne fais pas l'aumône pour gagner mon paradis. L'aumône avant tout, c'est de savoir que moi, j'ai besoin de vivre avec les autres, que ce soit ma mère, que ce soit quelqu'un qui vient de mourir et dont le cadavre est au milieu de la rue, que ce soit quelqu'un qui est pauvre et qui demande de l'argent. Vous comprenez alors que ce testament que donne Tobit à son fils Tobie, s'insère complètement dans le discours ecclésiastique du Christ.

Frères et sœurs, nous venons de Dieu, nous avons à aller à Dieu, mais nous ne le faisons pas tout seul, et quand bien même quelquefois nous aurions le sentiment de faire l'aumône, de donner sans rien recevoir, il n'en est rien. Par le fait même que je fais une aumône, je reconnais par là que mon frère est important et qu'il est au cœur de ma vie, je reconnais aussi toute ma fragilité, et comme le dit si bien saint Jean de la Croix, je reconnais qu'à ce moment-là, ce n'est pas ma volonté qui est première, c'est la volonté de Dieu qui passe à travers la volonté de la communauté.

 

AMEN