L'ÉGLISE DES VIVANTS ET DES MORTS
Tb 2, 1-10
(8 août 2009)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Molhain : l'Ange de la Passion
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rères et sœurs, il est coutume de dire que parmi le message de l'évangile, celui qui a été le plus intégré dans notre société occidentale, c'est cette fameuse charité, c'est le fait de se tourner vers son prochain, de le soigner, de partir dans la rue à côté ou à l'autre bout de la planète pour aider son frère et sa sœur.
La charité s'arrête-t-elle uniquement à ceux qui sont vivants ? Vous l'avez entendu dans le livre de Tobie, la charité ne s'exerce pas seulement vis-à-vis des vivants, je parle de chair, mais aussi vis-à-vis de ceux qui sont morts, je ne parle que de la chair. Tobie est un juif parfait, il vit en exil. Il est soucieux de son peuple et des pauvres, de ce qu'aucun pauvre ne soit nu dans la rue, il est soucieux de ce qu'aucun pauvre ne meure de faim, sa maison est ouverte, et il n'a de cesse d'envoyer son fils rechercher celui qui n'a pas mangé pour l'inviter à sa table. Dans l'extrait que nous avons entendu il y a un instant, son fils revient et lui dit : je n'ai pas trouvé de pauvre, mais il y a un de nos frères qui vient d'être assassiné et dont le cadavre est resté au milieu de la rue. Il faut savoir que dans l'épisode précédent, Tobie avait été accusé auprès du roi justement à cause de ses œuvres de charité, en fait, il enterrait les cadavres, ce qui n'était pas apprécié par le roi.
Derrière cet épisode s'offre à nous une réflexion fondamentale entre les morts et les vivants. Dans certaines sociétés, et je parle de la société romaine dans les premiers siècles de l'Église, il y avait une séparation très nette entre le monde des morts et des vivants. Le mort n'était jamais enterré dans l'espace des vivants. C'est la raison pour laquelle quand on arrivait dans la ville de Rome, on traversait des dizaines de kilomètres de cénotaphes et de cimetières. Il n'était pas envisageable que les vivants vivent avec les morts. La grande révolution chrétienne a été de dire qu'il n'y avait pas de séparation entre les vivants et les morts, car ils font tous partie du même royaume. C'est ce que l'Église appelle la communion des saints. Oui, par rapport à nos sens, la vue, l'ouïe, le toucher, ceux que nous aimons ne sont plus. Mais cependant, ils sont toujours là. Il y a une vie commune possible entre les vivants et les morts. Cette œuvre de charité que Tobie exerce vis-à-vis des cadavres, c'est exactement la même chose. Il n'est pas possible de laisser un cadavre dans la rue. On pourrait lui dire : ne t'intéresse pas à un cadavre, il est mort, laisse les morts enterrer les morts et va t'occuper des vivants car il est beaucoup plus intéressant et plus important de s'occuper des vivants.
Cette charité de Tobie est extrêmement intéressante pour nous. De fait, dans notre société, nous pourrions être amenés à penser avec cette sécularisation de la charité qui s'exerce plus particulièrement envers notre prochain, et nous oublions d'ailleurs très souvent celui qui est à l'origine, notre Père à tous qui est Dieu, d'une part, et le fait que cette charité peut s'arrêter une fois que la personne est morte. Tobie, avec son côté un peu frondeur nous rappelle que cette charité peut toujours s'exercer envers ceux que nous aimons, ou même ceux que nous ne connaissons pas. Tobie s'occupe de quelqu'un qu'il ne connaissait pas, mais prend soin du corps de celui qui est mort, c'est aussi révérer et nous rappeler que le corps et l'âme font partie de la même personne.
Frères et sœurs, ce petit passage qui pourrait porter à sourire et pourrait n'être vu que comme étant un extrait d'un petit roman sympathique, que ce saint Tobie nous fasse réfléchir sur la relation que nous entretenons avec la mort, et surtout avec les morts, et que nous puissions véritablement faire cette expérience de sainteté et de communion, de découvrir que l'Église est l'Église des vivants. Mais cette Église c'est cette communauté des vivants que nous sommes ici, mais c'est aussi tous ceux que nous aimons et qui dans quelques instants vont être convoqués au cours de ce même sacrement que nous allons célébrer, l'eucharistie.
AMEN