L'ENFANT, LE CHIEN ET L'ANGE

Tb 1, 10-20

(28 juillet 2008)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Malines : Cathédrale Saint Rombaut
L'ange et le chien

F

rères et soeurs, nous commençons aujourd'hui la lecture continue d'un tout petit livre, le livre de Tobie. Je ne résiste pas à la tentation de vous dire quelques mots pour vous introduire à ce petit livre qui peut se lire très facilement en ce temps de vacances. Il n'y a pas beaucoup d'histoires dans la Bible qui puissent vraiment nous permettre de nous introduire à ce qu'est le monde de l'adolescence. Je crois que le premier passage se trouve dans la Genèse, lors de la confrontation de Jacob avec son frère Esaü, et son père, lui qui est soutenu par sa mère, et il s'en va faire sa vie ailleurs.

Il y a un autre petit livre dans la Bible qui nous permet de méditer sur ce qu'est l'adolescence, et vous comprenez bien que quand je parle de l'adolescence, il ne s'agit pas uniquement de l'adolescence physique, mais c'est aussi l'adolescence de notre vie spirituelle et de son accroissement, c'est le petit livre de Tobie. Il a été écrit deux siècles avant Jésus-Christ en Palestine, écrit en araméen, qui était la langue internationale de l'époque, un peu comme l'anglais aujourd'hui. Ce livre est très intéressant parce qu'il nous parle de l'exil. L'exil, nous en avons l'habitude, c'est la chute de Jérusalem en 587, la population est déportée à Babylone, et ensuite, le retour. Nous avons trop l'habitude de penser l'exil uniquement en termes politiques.

Mais il y a d'autres exils, il y a l'exil loin de Dieu, nous le voyons souvent lors des offices quand nous prions les psaumes dans lesquels celui qui écrit le psaume se plaint d'être loin de Dieu. Il y a un autre exil, qui et celui du membre de la famille par rapport à Dieu et à la société. Dans le livre de Tobie, nous avons affaire ici non pas à l'exil d'un peuple, mais à l'exil d'une famille. Dans la Bible, nous entendons surtout les histoires des rois, les histoires politiques du peuple d'Israël avec ses voisins, et là, dans le livre de Tobie, nous avons quelque chose de très personnalisé, presque individualisé qui peut étonner à une époque où l'individu n'est pas tellement important. Ce qui passe avant tout c'est la tribu, la communauté, le clan.

Ceci étant dit, ce petit livre nous invite justement à méditer sur cette grande aventure qui est l'exil, et la recherche de Dieu. Je voudrais terminer en prenant un tout petit passage qui se trouve beaucoup plus loin et qui a été repris par Christian Bobin dans un de ses ouvrages, c'est un passage que je trouve extraordinaire. Tobit, le père, envoie son fils Tobie en voyage pour régler des problèmes financiers, mais aussi pour se marier. Au moment où le jeune Tobie quitte sa famille, il part, cela se trouve au chapitre sixième : "L'enfant partit avec l'ange et le chien suivit derrière". Ce passage est délicieux parce que c'est le seul passage dans la Bible où le chien n'est pas lié à une mention négative. Dans ces sociétés-là, le chien est le moins que rien. Cette petite histoire qui nous semble extrêmement simple, presque banale, de la vie quotidienne, de peut-être votre vie, qui semble vraiment liée à l'individu, touche en fait toute l'humanité, mais aussi tout l'univers et toute la création. Quand l'auteur dit : l'enfant partit avec l'ange et le chien pour cette grande aventure dans laquelle Tobie va rentrer, qu'y trouve-t-on ? On y trouve l'enfant, c'est-à-dire l'humanité, on y trouve le chien c'est-à-dire les créatures de Dieu, et on y trouve l'ange, c'est-à-dire les créatures invisibles.

Frères et sœurs, n'oublions pas lorsque nous sommes dans cette grande aventure de la recherche de Dieu, nous ne sommes pas seuls. Nous sommes entourés à la fois de toute la création que le Seigneur nous a donnée pour nous accompagner, et nous sommes aussi entourés par les créatures invisibles.

 

AMEN