L'ÉGLISE, ANGE DE L'HUMANITÉ

Tb 5, 4-10

(17 juillet 1987)

Homélie du Frère Michel MORIN 

 

Farret : l'ange gardien 

C

e passage de l'Evangile est bien connu. Jésus institue officiellement douze de ses disciples pour en faire le collège des apôtres et, sous l'autorité de Pierre, il confie à ce collège la mission qui sera celle de toute l'Église. Cette mission c'est de prendre le chemin du monde pour ouvrir dans le cœur des hommes le chemin du Royaume qui est tout proche. Et le sceau de cette mission, c'est un sceau de guérison. Au milieu du monde, l'Église a le pouvoir, a le ministère de la guérison, pas d'abord de la guérison du corps, mais de la guérison du cœur, c'est-à-dire de la réconciliation des hommes avec Dieu.

       Et il est heureux qu'en parallèle, bien que ce soit tout à fait par hasard, nous puissions lire ce passage du livre de Tobie. Les chrétiens qui connaissent peu la Bible connaissent encore moins ce petit livre qui est absolument admirable. Et si nous pouvions méditer davantage ces textes de l'Ancien Testament nous comprendrions bien mieux ceux du Nouveau Testament, et souvent nous saurions plus exactement ce qu'il nous faut faire et ce que nous sommes vraiment.

       Dans le passage du livre de Tobie, le père de Tobie qui a le même nom que son fils l'envoie dans un pays étranger chercher de l'argent qu'il avait prêté à un de ses oncles. Comme c'est un père soucieux pour son fils, il ne voudrait pas l'envoyer seul et il lui dit : "Va dans la ville et trouve quelqu'un qui puisse t'accompagner, je demande simplement que ce soit quelqu'un de confiance." Le jeune Tobie s'en va, doit parler à plusieurs personnes et il trouve un compagnon qui se nomme Raphaël mais dont il ignore complètement l'identité. Il vient présenter cet ami à son père qui le salue et Raphaël "lui répond par des souhaits de bonheur". le père va accepter que son fils soit accompagné par cet étranger qui affirme : "Je connais par cœur tous les chemins et toutes les pistes du pays où tu envoies ton fils".

       Je crois que nous pouvons mettre en parallèle ce passage du livre de Tobie et l'évangile. L'Église que nous sommes est, en fait, donnée au monde comme l'ange Raphaël est donné au fils de Tobie. Le monde, l'humanité a une mission, l'humanité doit vivre sa vie, elle a la mission de gouverner le monde, de conquérir le monde, d'exploiter le monde, c'est-à-dire de le rendre beaucoup plus humain, de l'humaniser pour que l'homme puisse y vivre plus heureux en partageant toutes ces richesses avec ses frères. Et ceci dans la paix, dans la concorde, dans la justice. C'est la mission de l'humanité que chaque société, chaque homme doit rechercher pour les autres comme pour lui-même.

       Et à cette humanité il est donné un ange, un ange qui, comme Raphaël connaît toutes les pistes, connaît par cœur tous les chemins où cette humanité voyage pendant ce temps où elle va et vient. C'est pour cela que je crois que l'Église c'est l'ange que le Seigneur envoie à l'humanité, sur les chemins de sa vie, sur les chemins terrestres. Non pas pour la détourner de sa mission, non pas pour lui dire : "La vie ne vaut pas d'être vécue, reste donc chez toi et occupe-toi uniquement du bon Dieu !" Non, l'ange dit: "Je vais t'accompagner sur ton chemin de terre pour remplir ta mission." Ce n'est pas explicitement une mission spirituelle, puisqu'il s'agit de récupérer de l'argent. Et bien l'Église est donnée au monde comme un ange. Et le nom, la signification de Raphaël, c'est "Celui que Dieu envoie pour guérir !" Or dans l'évangile, Jésus envoie ses apôtres avec comme première mission d'ouvrir les chemins du Royaume en guérissant, en purifiant, en ouvrant le cœur des hommes à la réconciliation avec eux-mêmes, avec leurs frères, c'est-à-dire avec Dieu.

       Et bien, nous sommes nous, en tant que chrétiens, chacun personnellement et tous ensemble, un ange donné à l'humanité. Nous portons tous, au fond de notre cœur, le nom de Raphaël, quelqu'un que Dieu envoie pour la guérison. Guérison qui doit intervenir non pas de façon extraordinaire mais en accompagnant humblement l'humanité sur les chemins de sa vie. Et l'ange dit à Tobie : "Je suis un de tes frères, un de ta race." Et le chrétien est un des frères de tous les hommes, de la même race qu'eux. Et sa mission particulière d'être porteur de l'évangile, d'être annonciateur de la bonne nouvelle, d'être guérisseur du cœur ou annonciateur de la guérison ne l'enlève pas à sa condition humaine. Le chrétien ne circule pas sur d'autres chemins que ceux de l'humanité. Il faut donc que nous puissions recevoir cet évangile, cette parole de Dieu dans notre propre cœur et qu'ensemble, régulièrement, nous reprenions conscience non seulement de ce que nous avons à faire vis-à-vis de Dieu, cela nous le savons à peu près, mais aussi de cette mission que Dieu nous a confiée en tant qu'Église pour accompagner cette humanité et faire en sorte qu'elle puisse trouver les pistes et les vrais chemins du bonheur.

       Que cette eucharistie nous rappelle qui nous sommes. Nous ne sommes pas chrétiens d'abord pour nous-mêmes ni pour notre vie de piété personnelle ou pour mieux comprendre les choses, mais parce que nous sommes guéris de nos péchés, de notre mal, de notre mort, par la toute-puissance de Dieu, et parce que nous sommes, à la suite des apôtres donnés à cette humanité pour qu'elle puisse comprendre qu'elle est destinée à la réconciliation pour vivre, sa mission tout humaine dans la paix, la concorde et la présence de Dieu signifiée par l'ange. C'est cela l'Église pour le monde d'aujourd'hui comme de chaque époque.

       AMEN