CELUI QUI GUÉRIT

Tb 2, 1-10

(12 juin 1981)

Homélie du Frère Michel MORIN 

 

Raphèles-les-Arles
Raphaël et Tobie (statue volée) 

E

n ces jours, nous lisons, dans la première lecture, ce petit livre de Tobie, petit livre méconnu de notre connaissance chrétienne, et pourtant, petit livre dont le message est assez merveilleux, assez extraordinaire. C'est un livre récent dans la tradition biblique, un des derniers composés, un livre très marqué par la sagesse orientale puisque l'épisode se passe dans le centre de l'Orient, en Mésopotamie.

       Il s'agit de trois personnages. Tobit le père, un homme juste, un homme droit, un homme qui, comme le Christ vient de le dire, donne aux pauvres. Il accueillait chez lui, il soignait et surtout il enterrait les morts qu'il rencontrait dans la journée. Homme juste qui pourtant a eu des déboires, des difficultés. De façon accidentelle, il est devenu aveugle alors qu'il prenait un peu de sieste auprès de sa maison.

       Il avait un fils appelé du même nom que lui et qu'il envoya un jour chez un parent éloigné pour recouvrer une somme d'argent confiée à cette parenté. Pour que l'enfant, le jeune homme ne parte pas seul, le père lui avait dit : "Va te chercher un ami, va trouver un compagnon parmi les jeunes de la cité. Vous partirez à deux". L'enfant était parti et avait rencontré quelqu'un qui lui avait plu et à qui il avait demandé de l'accompagner. C'est ainsi, sans le savoir, que le fils de Tobie, a été accompagné pendant son voyage, par la présence même de Dieu rendue visible dans l'archange Raphaël, dont le nom signifie : "Celui qui guérit". C'est ainsi que le jeune homme est parti chez son parent chercher cette somme d'argent. Non seulement il reviendra avec la somme d'argent, mais avec une jeune femme devenue sa fiancée, Sara. Or Sara avait également beaucoup de déboires. Chaque fois qu'elle se mariait (elle l'avait fait sept fois) son mari mourait, parce qu'il était persécuté, tué par un démon. Ainsi se manifestait dans le corps de Tobie, dans le corps du père de Tobie, le mal physique, et dans le cœur de Sara, ce mal moral du péché, de la mort et de la séparation.

       Tout ce petit roman familial tourne autour de ces personnages. Quel en va être le dénouement ? Sara va recevoir comme époux, Tobie parce que l'ange Raphaël va guérir le cœur de Tobie de tout le mal possible, va ouvrir cet amour entre Tobie et Sara pour qu'ils puissent vivre ensemble, à cause de l'amour de Dieu, à cause de la guérison de Dieu qui vient nous purifier de tout ce mal qui nous sépare, qui nous brise, même avec les gens les plus proches de nous. De retour à la maison, comme second geste, Dieu va guérir le père de Tobie, afin qu'il puisse accueillir son fils, qu'il puisse accueillir, dans sa maison, Sara, l'épouse de son fils.

       Ainsi ce petit roman nous ouvre aux merveilles familiales, aux merveilles domestiques que Dieu ne cesse de faire dans notre vie, avec nos difficultés, avec nos péchés, avec nos maux, nos souffrances. Cela simplement pour nous ouvrir les yeux à cette présence continuellement délicate de Dieu envers nous, qui est là, attentif au mal que nous avons et qui est là, surtout, pour nous guérir et nous faire vivre nos réalités humaines tout imprégnées de son amour, de sa guérison, de sa vie, de sa joie.

       Au cœur de cette eucharistie, nous prierons le Seigneur qui va se faire l'un des nôtres, qui va se faire si proche, qui va devenir nous-mêmes, nous le prierons pour qu'il nous ouvre les yeux sur cette vie toute simple, toute proche, toute banale peut-être, mais qui est si grande parce qu'elle est investie de la bonté de Dieu, parce qu'elle est investie de l'amour de Dieu. Pour cela il faut qu'Il nous guérisse, pour cela il faut qu'Il nous ouvre les yeux.

 

AMEN