Si 24, 3-22 ; Lc 1, 26-38

Liturgie des obsèques

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

 

 

finsonius

Résurrection (Finsonius - Saint Jean de Malte)

J

'ai cherché le repos". Cette toute petite phrase vous l'avez entendue, frères et sœurs, il y a quelques minutes, dans la première lecture tirée du livre de l'Ecclésiastique. Je comprendrais tout à fait, Bruno, Isabelle, Anne, et toute la famille de Françoise, et vous ses amis, je comprendrais tout à fait que vous fassiez vôtre cette phrase : "J'ai cherché le repos". C'est ce que l'on désire une fois qu'une brisure s'est instaurée entre nous et la personne que nous aimons et que nous ne voyons plus.

Et pourtant, ce n'est pas ce que dit ce texte : la personne qui parle et cherche le repos, ce n'est pas l'homme, c'est la Sagesse. Il est normal que dans les limites dans lesquelles nous vivons, il est normal que face à la mort, nous soyons toujours en situation de demande. Loin de moi de critiquer cette attitude vis-à-vis de Dieu. Mais ce que je trouve bouleversant dans cette fête, et aussi à travers Françoise, c'est que Dieu a une confiance telle envers sa création et ses créatures que c'est lui-même Dieu et la Sagesse qui était auprès de lui lors de la création du monde, c'est lui-même et la Sagesse qui sont demandeurs. Nous cherchons Dieu, mais Dieu nous cherche aussi. Nous cherchons la Sagesse, mais la Sagesse cherche un endroit pour se poser, exactement comme le Saint Esprit qui plane au dessus des eaux au début de la création, comme l'ange qui vient vers la Vierge Marie, comme Dieu qui vient frapper à la porte de chacun d'entre nous comme il a frappé à la porte de Françoise. Ce qui est mis en branle à ce moment-là, c'est l'homme, la femme, Françoise, en tant qu'artisan et pour elle plus particulièrement, comme artiste.

Nous sommes tous invités à être des artisans, plus que cela, des artistes. Bien sûr vous me direz que certains ont baigné dans une enfance, les Beaux Arts, la musique, la culture ou la décoration comme Françoise, et que peut-être beaucoup d'entre nous, dont moi le premier, nous n'avons pas ces dons. Ce n'est pas grave. Ce qui est essentiel c'est que la Sagesse vient frapper à la porte du cœur et de l'intelligence de l'homme pour ensemble, participer à l'élaboration d'un monde de beauté et de sagesse. C'est en fait ce que Françoise a voulu faire tout au long de sa vie. Cette maternité, bien sûr, ce sont ses enfants, mais cette maternité elle est donnée à tous les hommes, même à nous les hommes à travers cet art que nous avons à exercer pour accueillir celui qui nous cherche, pour transformer ce monde et cette société pour la rendre plus belle et pour conduire ce monde vers Dieu.

En fait, c'est ce que Françoise a essayé de faire toute sa vie durant. Elle a essayé de mettre au service de l'harmonie et de la communion, cet art qui habitait son cœur. Et vous me disiez Bruno, que l'harmonie était tellement parfaite dans le couple, et je crois que je peux le dire devant tout le monde, que c'était elle qui avait la plupart du temps les idées, et que c'était vous et votre intelligence qui mettiez en place ce que Françoise avait dans l'esprit et dans le cœur. C'est cela aussi le vivre ensemble. C'est cela la vie dans une famille, c'est cela la vie dans une communauté paroissiale, c'est là cette vie avec les amis, reconnaître dans le cœur de chacun cette possibilité, cet aspect artistique et artisan qui existe, pas pour se jalouser ou l'autre qui croit savoir, non, mais c'est de découvrir les dons qui sont comme un gisement d'or et d'argent dans le cœur de tout homme et de toute femme.

Dans ce moment qui est bien sûr difficile, et je le reconnais, et peut-être d'ailleurs que certains d'entre vous ont pu être étonnés de ce que nous avons chanté : "Le Seigneur fit pour moi des merveilles et mon cœur exulte de joie". Ces mots étaient peut-être difficiles à laisser entrer dans votre cœur. Comment peut-on parler d'exultation et de joie quand Françoise nous a quitté du moins physiquement ? Je crois que ce verset s'applique à la Vierge Marie, et donc par conséquent à tout membre de l'Église. Malgré la déchirure, malgré la mort, nous sommes invités à faire ce même chemin qui a été fait par les pèlerins d'Emmaüs. Cette même maternité alors que recevant de plein fouet la mort de leur maître, sur ce chemin ils ont découvert qu'au cœur de la mort, il y avait une certaine maternité, il y avait une espérance, il y avait une vie éternelle. C'est pour cela que nous avons chanté ce refrain. Et la deuxième partie de ce refrain : "En ma chair, s'accomplit la promesse". C'est cette sagesse, c'est ce Dieu d'amour qui cherche à chaque instant un lieu pour venir s'y poser, se reposer et venir nous inviter à participer à cette création sans cesse de ce monde qu'il nous a confié.

Frères et sœurs, même si la mort semble brutale, même si elle semble frapper, même si par conséquent nous pensons que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue puisque nous allons tous mourir, à travers cette antienne que nous avons chanté, à travers cette parole de Sagesse, et aussi et surtout à travers la vie d'artiste et d'artisan de Françoise, nous sommes appelés à redécouvrir notre condition d'hommes et de femmes. Nous ne sommes pas simplement des quémandeurs de quelque grâce dont nous pourrions être bénéficiaires pour survivre jusqu'à la fin de notre vie, mais Dieu nous invite à participer à l'harmonie, à la beauté pour le salut du monde.

 

AMEN