LE BRUIT D'UN COEUR QUI S'OUVRE
Si 50, 15-21
(10 juillet 2004)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
|
C |
omme l'évangile est une affaire d'adultes, je ne sais pas si vous avez bien écouté, je ne crois pas que cela concerne vraiment Philomène, quoique … les choses sont parfois plus compliquées. Je vais essayer de le contourner, non pas l'éviter.
Dans la première lecture, on avait la suite d'une lecture qu'on a lue précédemment, qui est cette grande description du prêtre Simon qui vient dans la liturgie faire valoir cette majesté de Dieu. On voyait dans les gestes et l'attitude du grand-prêtre, dans tout ce qu'il faisait, la manière dont se reflétait la présence de Dieu, cette présence honorée par le sacrifice qui était offert dans le temple à cette époque. On pensait dans le temps, qu'il fallait offrir, et d'ailleurs on avait raison, quelque chose de bien au Seigneur. On pensait qu'il fallait réserver la graisse des moutons ou des béliers, ou des taureaux, parce que Dieu préférait la graisse (ça tombait bien, nous on aime moins, donc on se gardait l'autre partie, la plus saignante), on donnait la graisse à Dieu, on la faisait bien frire. C'est sans doute surtout parce que la graisse dégageant une fumée très nette, on pensait que cela allait chatouiller les narines de Dieu, parce que Dieu a des grosses narines étendues sur le monde, et Il pouvait capter toute cette fumée que saisissaient ses narines, c'est ce qui est dit dans un autre texte. On ne voit pas dans l'église les narines de Dieu au-dessus de la tête de Philomène et d'Arthur, et je ne pense pas que Dieu ait un gros nez, suffisamment pour capter toutes ces fumées, mais l'idée est vraie qu'il y a quelque chose dans la graisse des sacrifices qui réjouit le cœur de Dieu. Ce n'est pas le bruit que fait la graisse quand elle est brûlée, c'est le bruit du cœur de l'homme quand il s'ouvre, cela fait un bruit que seul Dieu entend. Mais, Il entend aussi quand le cœur se ferme, les petits verrous qu'on tire quand on ferme notre cœur sur lui-même, les petits clics, et clacs, qui font que Dieu ne peut plus rentrer dans le cœur de l'homme. Et cela ne dépend pas de Dieu, nous sommes libres ou non d'ouvrir et de fermer notre cœur.
Je ne sais pas si vous avez déjà écouté avec un stéthoscope le bruit que fait le cœur ? Il y a une sorte de rythme, j'avais écouté une fois par hasard, et c'était tellement impressionnant d'entendre ce rythme des valves qui s'ouvrent et qui se ferment qui expulsent le sang et le récupèrent. Il y a ce bruit, qui est le bruit de la vie. Je crois qu'à l'échographie, c'est ce qu'on entend. Par comparaison, Dieu écoute le bruit que fait notre cœur lorsqu'il s'ouvre, lorsqu'il expulse ce qui surcharge notre vie, et que ce sang neuf est irrigué par la communion qu'on va vivre ensemble, par le pain et par le vin. Ce n'est plus la graisse qui frit pour chatouiller les narines de Dieu, mais c'est le bruit de l'ouverture du cœur. Évidemment, c'est encore plus merveilleux et cela réjouit encore davantage le cœur de Dieu quand nos cœurs s'ouvrent ensemble. Cela doit lui faire un effet d'exaltation. Lui qui dans cette église nous entoure, nous enveloppe, nous écoute et nous reçoit, Il écoute avec attention le bruit intérieur de nos prières. Il y a le bruit de nos chants qui sont formulés, ceux de nos gestes, de nos offrandes, de notre accueil, quand Philomène va ouvrir et tendre la main pour recevoir le Corps du Christ, ce bruit du cœur, signifié par la main tendue : je veux Dieu, je veux recevoir Dieu, je veux en vivre, c'est ce bruit-là qui réjouit Dieu. Évidemment, quand nos gestes s'harmonisent, et que tous ceux qui sont dans l'assemblée vont tour à tour ouvrir leur cœur et tendre leurs mains, là, nous formons la communauté de frères et de sœurs que Dieu veut inaugurer dans ce monde, et dont chaque messe en est comme le dessin, l'avant-garde.
Que cette communion nous permette les uns les autres, de nous remettre dans la file, dans l'attente de Dieu, que nous puissions offrir ce que nous avons de meilleur, l'attente que nous avons de Lui, le goût de Dieu, le désir de Dieu, et que jamais ce désir ne s'éteigne, pour que nous puissions à chaque communion, vivre comme la première fois, le plaisir d'être reçus à sa table, et de recevoir sa Vie.
AMEN