UN JARDIN MERVEILLEUX

Si 43, 13-22 

(4 juillet 2002)

Homélie du Frère Jean-François NOEL 

C

e passage du livre de l'Ecclésiastique rejoint les grands passages qu'on lit dans le livre de Job ou dans le livre de la Sagesse, qui traduisent cet émerveillement qu'ont les auteurs devant la multiplicité de la façon dont Dieu a déployé sa sagesse et sa science, dans cette immense nature. Ils seraient choqués si on les qualifiait d'écologistes, et pourtant, je crois que ce sont de vrais écologistes. Ils y voient non pas le caractère sacré, mais l'émerveillement qu'on trouve à travers le doigt créateur que Dieu a laissé. Je pense souvent d'ailleurs qu'il y a derrière cet émerveillement, le fait que Dieu a laissé les traces, ce qu'on appelle les "vestigia", les traces de sa sagesse, de sa beauté, de l'harmonie qui sont comme des secrets même de Dieu. Il a livré, et c'est le livre de Job, Il nous a laissé un livre ouvert, et la nature est un livre ouvert de Dieu. Sans tomber dans l'idée qu'Il y est caché, dans l'immanence, on peut quand même y discerner l'idée que Dieu livre quelque chose de Lui. C'est ce que les auteurs, comme l'Ecclésiastique ont voulu laisser entrevoir. 

       Cela touche un problème très essentiel et très important, qui prend ses racines dans la manière dont nous avons été chassés du Paradis. C'est le problème de la façon dont nous avons été chassé de notre nature parfaitement harmonieuse, et on nous l'a confiée pour la garder et la servir. Il y aura toujours une tentation pour l'homme face à cette nature, la tentation de la garder pour lui-même, de la récupérer, de se l'approprier, de s'en croire le détenteur, d'en explorer suffisamment les lois pour qu'un jour, on puisse croire qu'on va tout dévoiler. Je suis assez émerveillé ce matin, puisque ce matin, nous avons réussi à voir les premières photos des anneaux de Saturne. C'est passé un peu inaperçu mais personnellement, je trouve incroyable qu'on ait réussi à s'approcher d'assez près par une sonde qui a été envoyée, il y a presque trois ans, et qui enfin, est arrivée sur Saturne, saine et sauve. Enfin, je ne sais pas dans quel état elle est, mais l'appareil photo qu'elle transportait était suffisamment intact pour qu'elle nous renvoie rapidement les photos. Les scientifiques de la NASA ont tellement été émerveillés qu'ils ont cru à une erreur, les photos étaient beaucoup plus nettes que celles prises sur la lune. Cet émerveillement doit saisir le tréfonds de tout homme qui a mis au point une fusée suffisamment puissante pour aller jusqu'à Saturne, en passant entre les anneaux pour pouvoir explorer, et cela va durer pendant plusieurs révolutions autour de cette planète, pour nous envoyer d'autres photos de ce monde, qui est aussi le monde de Dieu, dans lequel il y a aussi des traces de Dieu. 

       Evidemment, face à la galaxie et à l'infini de ces galaxies, nous continuons à avoir une réaction de vénération, de service, parce que les lois qui régissent le monde galactique sont si impressionnantes pour l'homme, puisqu'on a, à la fois, l'impression de voyager dans l'espace et dans le temps. On va trouver autour de Saturne, Titan qui je crois reste une énigme dans l'espace. Il y règne une température effroyable, très négative, on va trouver là, dans la galaxie, une trace d'une planète qui n'a pas évolué et dans laquelle serait intacte la première matière dont les autres planètes sont issues, et à travers lesquelles, les autres planètes ont évolué, dont la nôtre évidemment. 

       Si, face au monde intergalactique, les hommes continuent à avoir une position de vénération, face à l'immensité, l'infini de ses dimensions, plus qu'océaniques, je ne suis pas sûr que nous ayons les mêmes vénérations par rapport au monde naturel qui nous entoure. C'est là que nous ne sommes plus serviteurs, mais que nous sommes d'horribles gardiens, des propriétaires de ce jardin. Et ce jardin, nous avons à le servir, à l'entretenir, pour à la fois, y garder cette vénération devant les lois qui le régissent et qui disent quelque chose de Dieu, du rapport de Dieu et de l'homme, à la fois la disproportion définitive qu'il y a entre le Créateur et les créatures, et en même temps, à l'intérieur de cette disproportion l'incroyable invitation que Dieu ne cesse de renouveler pour nous y rencontrer, dans ce jardin. 

       Frères et sœurs, à travers ces immenses éloges de cette nature, et je ne pense pas que ces auteurs étaient naïfs et croyaient que Dieu décidait chaque matin s'il allait envoyer de la neige ou des grêlons, mais qu'à travers ce regard porté sur la nature il y ait vénération, et une façon effectivement de se reconnaître comme ayant reçu ce monde sans le posséder. Que ce texte nous aide dans nos engagements d'hommes dans ce monde pour vénérer et servir ce même monde qui nous est confié, pour que nous le rendions à Dieu à la fin des temps. 

 

       AMEN