Si 6, 5-17
(27 février 1981)
Homélie de Jean BOLOMEY
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e livre de l'Ecclésiaste nous livre avec un enthousiasme, mêlé de méfiance, une méditation sur l'amitié. Il est vrai que l'amitié fait partie de cet environnement affectif qui nous est nécessaire autant que le boire et le manger pour vivre. Un ami fidèle n'a pas de prix.
La Bible ne manque pas d'exemples de ce type d'amitié, dont le type le plus achevé est sans doute celle qui a uni David à Jonathan, le fils de Saül. Quand David était en lutte malheureuse contre son souverain, le fils de Saül épris d'une profonde amitié, va jusqu'à trahir les intérêts de son père pour rester fidèle à son ami. C'était une amitié spontanée, durable jusque dans les épreuves, jusque dans la mort, et même après la mort. Aussi David peut dire de Jonathan : "Je l'ai aimé plus que mes épouses".
Mais, par expérience nous savons que l'amitié peut être factice et illusoire. Nous pouvons nous demander pourquoi les riches ont beaucoup d'amis et les pauvres si peu, et les malades, et les persécutés. Job sur son fumier avait de bons amis qui prétendaient l'aider par la réflexion et cependant ils ne faisaient que l'enfoncer dans son désespoir.
L'amitié vraie s'abreuve à la source de Dieu : "Qui craint le Seigneur se fait de vrais amis, car tel on est, tel est l'ami qu'on a." Le prototype de l'amitié vraie se trouve dans les relations que Dieu noue avec quelques-uns des grands personnages de la Bible : Abraham, Moise. Moise dont il est dit que Dieu lui parlait face à face, comme un ami avec son ami. Et les prophètes, dont Amos dit que : "Dieu ne fait rien sans avoir parlé d'abord à ses amis, les prophètes".
Cette amitié de Dieu pour les hommes culmine, bien sûr comme toute chose, dans la révélation de Jésus, dont Paul a pu dire qu'il a été un "vrai ami des hommes". Cette expression si belle, et qui est si souvent reprise dans la prière de nos frères orthodoxes : "Jésus, ami des hommes". Lui-même, Jésus s'est bien désigné comme cet ami, comme cet homme que l'ami importun peut bien venir déranger à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit et qui lui donnera toujours le pain dont il a besoin.
Jésus, comme homme a eu des amis. L'évangile en parle explicitement. Des amitiés qui ont duré. Des amitiés qui n'ont pas pu durer par la force des choses : l'homme riche venu lui demander : "Que dois-je faire pour avoir le royaume des cieux ?" L'évangile dit que Jésus posa sur lui son regard et qu'il l'aima. Mais une amitié qui n'a pas pu durer, parce que devant l'exigence de Jésus, cet homme est parti, car il était plus attaché à ses biens qu'à l'amitié que Jésus lui proposait. Amitié durable celle de Lazare qui a fait pleurer Jésus lorsqu'il est mort. Autre amitié durable et déçue : celle parmi les apôtres, de Judas. Jusqu'au dernier moment, Jésus va l'appeler ami et cependant cette amitié sera trompée, parce que Judas fera plus confiance à son désespoir qu'au pardon de Jésus. Amis encore, ceux qui l'ont accompagné, dans toute sa vie publique, qui ont partagé ses épreuves et qui se sont dits prêts à affronter avec lui la nuit de la passion. Et surtout, parmi ceux-là celui que l'évangile désigne comme "celui que Jésus aimait" et en qui nous reconnaissons la figure de Jean l'évangéliste, celui qui, au soir de la Cène, reposait sa tête sur le sein de Jésus, celui qui, seul parmi les Douze, s'est trouvé debout au pied de la croix, celui à qui Jésus a confié sa mère et qu'il a donné à sa propre mère.
Jésus nous invite à l'amitié, à l'amitié avec lui. Sa passion et sa résurrection dans laquelle nous sommes entrés par notre baptême, nous invitent à une amitié qui dépasse les réalités humaines : "Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ?" Nous sommes appelés à vivre entre nous ce que peut son amour, à donner notre vie les uns pour les autres, à une amitié que rien ne peut anéantir, ni les orages ni les difficultés, car elle s'appuie sur l'amitié de Jésus, l'ami fidèle, amitié offerte à tout homme, même aux ennemis pour qu'ils puissent devenir amis.
AMEN