CONSEILS POUR ACCROÎTRE SON TROUPEAU

Gn 30, 25 – 31, 21 ; Mc 3, 20-35

(3 février 2011)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Promesse d'accroissement du troupeau

F

rères et sœurs, dans la première lecture qui est plus longue qu'un sermon de semaine, nous avons entendu le premier grand témoignage sur les OGM, les organismes génétiquement modifiés, puisque comme vous l'avez remarqué, Jacob en écorçant des baguettes, a provoqué chez les troupeaux de petit bétail, je ne sais pas si ce sont des fantasmes érotiques mais du coup, cela a changé la nature du troupeau. Si bien que comme il avait fait un accord avec Laban et lui avait dit : moi je me contenterai des petits tachetés et rayés et toi tu prendras tous ceux qui sont complètement blancs ou noirs, petit à petit, Jacob s'enrichit.

Je vous le dis tout de suite, nous n'avons aucun autre témoignage sur le fait que les baguettes rayées influent sur la nature des petits. C'est le seul endroit de la littérature où l'on raconte une chose pareille, aucun parallèle ni dans la littérature mésopotamienne, ni égyptienne. Je ne crois pas qu'aujourd'hui les grands laboratoires de génétique daignent encore éplucher les baguettes de noisetier pour influencer sur les naissances des petits agneaux.

Toujours est-il qu'il y a des éléments intéressants. Pour que Jacob puisse retrouver sa place et son rôle dans la transmission de la promesse, il fallait au moins trois choses : la première c'est de se retrouver un cadre familial de remplacement, il a choisi celui de sa mère, il est parti vers la région de Paddân-Aram, c'est-à-dire le nord de l'Assyrie. Deuxième chose, il fallait qu'il se trouve une épouse, comme vous l'avez entendu, Dieu lui a donné quatre épouses, et troisièmement, il en a eu une descendance. Mais pour vivre, il faut non seulement la famille, mais il faut de quoi manger. C'est cela que symbolise l'accroissement du troupeau. Il faut que Jacob puisse repartir de Paddân-Aram avec les moyens suffisants pour nourrir toute sa famille. Dieu lui donne les moyens de constituer son troupeau. Je pense que depuis très longtemps dans la mentalité des pasteurs et des bergers depuis très longtemps, le phénomène de la domestication, de la maîtrise du troupeau est évidemment un des grands problèmes. Nous avons pu constituer des animaux domestiques à partir des animaux sauvages, et ce n'est pas si ancien, c'est seulement depuis environ dix ou douze mille ans avant Jésus-Christ. Cela reste encore un très grand rêve que de pouvoir constituer le troupeau idéal. Aujourd'hui d'ailleurs, quand on râle contre les OGM on ne se rend pas compte que cela reste un fantasme dans l'esprit de l'humanité, c'est-à-dire, améliorer les races bovines, ovines, etc …

C'est bien un des désirs de l'humanité que de s'enrichir, et d'accroître ses moyens pastoraux et alimentaires, précisément en améliorant le troupeau. L'intérêt c'est que Jacob en reçoit la révélation par Dieu. Il comprend l'affaire à travers un songe et il l'explique à ses épouses. En fait, la reconstitution du patrimoine matériel, les troupeaux de Jacob, cela va se faire effectivement sur le dos de Laban qui essayait de rouler Jacob et de le faire travailler au noir, et il l'exploite. Mais Dieu veille par le processus d'amélioration des moutons pour enrichir le troupeau de Jacob.

Qu'est-ce que cela veut dire ? Que ce n'est pas l'homme lui-même qui a les moyens de s'enrichir, ou de se créer sa richesse. Même s'il peut déployer des trésors d'ingéniosité, en réalité, c'est Dieu qui fait que Jacob va retrouver l'abondance et l'assurance de pouvoir repartir et quitter la famille d'accueil qu'a été celle de Laban.

Je ne sais pas si on peut en tirer de très grands enseignements spirituels, mais je crois que cela fait partie de ce personnage de Jacob que tout le récit de la Genèse nous présente comme un petit roublard. C'est toujours ce jeu du plus malin, de qui perd gagne, on croit que cela recule mais ça avance, et ce jeu montre que finalement, même avec un petit roublard comme Jacob, Dieu arrive quand même à le sortir de la situation de détresse dans laquelle il était, et petit à petit, il lui redonne un véritable statut d'héritier de la promesse telle qu'il l'a reçue à travers la naissance de la lignée d'Abraham et d'Isaac.

Je crois que c'est tout simplement le fait que Dieu joue le grand jeu de sa Providence avec des hommes qui sont tous d'une manière ou d'une autre, des Jacob, chacun essayant de tirer son profit, de tirer son épingle du jeu. A travers tout cela, Dieu à certains moments, arrive quand même à faire que la générosité et la bénédiction de la grâce passent par des hommes qui ne sont pas si bien que ça, pas si extraordinaires que ça, mais il faut bien faire avec ce qu'il a. Et Dieu, avec ces hommes un peu pécheurs, un peu menteurs, un peu roublards, arrive finalement à faire advenir son Royaume parmi nous.

 

 

AMEN