VIVRE EN PAIX SUR UNE TERRE
Gn 13, 1-18 ; Lc 6, 12-19
(24 septembre 2010)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

La Mer morte : était-ce le bon choix ?
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rères et sœurs, ce n'est qu'une coïncidence, mais enfin, elle vaut la peine d'être notée. Il serait bon que les chefs d'état israéliens et palestiniens quand ils vont discuter en Amérique, relisent le passage de la Genèse que nous avons entendu tout à l'heure. Evidemment, on n'y fait plus tellement attention et pourtant, il soulève une question classique mais aussi qui a une certaine actualité.
En effet, la plupart du temps quand nous pensons le rapport d'Israël à la terre (dans l'Ancien Testament, je ne vais pas rentrer dans la polémique temporelle), nous pensons immédiatement au chapitre de la conquête dans le livre de Josué. Le peuple est sorti d'Égypte, il est au désert, il n'y a pas d'issue, Dieu lui a promis une terre, et il faut donc que ce peuple prenne les armes et l'épée pour conquérir le pays. Dès lors, je ne vous raconte pas la liste des massacres, c'est pire qu'à la tronçonneuse, c'est par dizaine de milliers de cananéens qui y passent tous, les uns après les autres. On est un peu surpris et l'on se dit que les auteurs sacrés ont la plume leste quand il s'agit de faire les calculs, mais pour nous, c'est ancré : la terre est donnée par Dieu. Je ne vous dis pas les répercussions que peut avoir ce texte dans la mentalité, surtout israélienne, actuelle.
Pourtant, le problème est plus subtil car si vous lisez le texte que nous avons entendu aujourd'hui, la détermination de la place que va avoir Abraham comme promesse d'un pays promis par Dieu, est conditionné par le choix de Lot qui n'est pas sous la promesse. Abraham dit à Lot : "Quand nous pâturons sur les montagnes de Juda qui à cette époque-là étaient extrêmement boisés, nous n'avons pas de quoi faire vivre nos troupeaux et nos familles, donc, il faut prendre chacun une part de territoire". Et Abraham dit à Lot, son neveu, mais qui ne sera jamais dans la promesse, Lot ce sont les Moabites, les Ammonites, etc … ce sont des peuples voisins, il lui dit : "Prends la part que tu veux, et moi je prendrai le reste !" C'est assez extraordinaire, vous connaissez la suite, c'est Sodome et Gomorrhe, Lot est un tout petit peu gourmand, et quand il voit depuis les hauteurs de Juda la plaine fertile de la Arabat, il se dit : je vais prendre le morceau de choix. Mais il se trompe, car après, il y a la fameuse histoire de Sodome et Gomorrhe, qui va changer la vallée de la Arabat en vallée de sel, de désolation et lui-même sera obligé de partir de l'autre côté du Jourdain dans les montagnes de Moab et d'Ammon.
Ce qui est intéressant, c'est que ce n'est pas Abraham qui délimite son territoire. Son territoire est délimité en fonction du fait qu'il faut vivre en paix avec les autres nations et qu'on reçoit certes, le territoire de Dieu, mais qu'on ne le reçoit pas d'abord contre quelqu'un en prenant sa place. C'est ce qui est assez beau dans ces premiers récits qui, par la suite, pour des justifications de guerres saintes, vont devenir beaucoup plus agressives, mais il y a quand même dans la mémoire d'Israël un don de la terre, qui est un don pacifique et non pas un don de conquête. D'ailleurs même dans la conquête, il y aura sans cesse ce bémol théologique qui montrera que même si Israël compte sur ses armes, ses escarmouches et sur ses stratégies, en réalité, c'est toujours Dieu qui, finalement, donne la terre.
Cela peut nous aider nous-mêmes à réaliser un peu les choses. La vérité de notre relation avec Dieu, n'est pas simplement assurée quand nous avons balisé le pré carré dans lequel nous estimons que nous devons vivre notre vie chrétienne au besoin en marchant sur les pieds des autres. Notre manière même de vivre notre relation avec Dieu suppose, comme Abraham avec Lot, que l'on soit en paix avec ceux qui éventuellement ne partagent ni notre foi, ni notre espérance, ni nos convictions. C'est là où l'on voit que dans le livre de la Genèse même, il y a pour évoquer la figure du patriarche Abraham, la figure d'un homme qui n'a pas envie de discorde et de dissension. C'est un messager de paix qui considère que l'appel de Dieu et même le don de la terre doit se faire dans une opération pacifique, dans une reconnaissance mutuelle. Abraham pousse le grand chic, pour dire à son neveu : tu choisis le premier, et je prendrai le reste, j'irai où tu me laisseras le territoire.
Que ceci soit pour nous une leçon de véritable humilité et de délicatesse. Trop souvent aujourd'hui, parce que nous sommes dans un monde compliqué dans lequel la place de la religion n'est pas toujours très facile à faire, nous avons tendance à vivre sur un réflexe défensif. C'est vrai qu'il faut défendre son territoire mais il ne faut pas oublier que le territoire nous est fondamentalement donné et qu'il nous est donné pour qu'on puisse vivre en paix, les hommes, les uns avec les autres, et c'est de cette paix-là que nous avons à être les témoins.
AMEN