ISAAC FIGURE DU CHRIST

Gn 22, 1-18

(12 février 1986)

Homélie du Frère Jean BUDILLON 

 

Lescure : Le sacrifice d'Isaac 

N

ous venons d'entendre le récit de ce que l'on appelle parfois le sacrifice d'Isaac. Il s'agit en fait d'un non sacrifice. Dieu appelle cela la ligature d'Isaac. Dieu l'appelle ainsi car Isaac a été lié sur l'autel, mais il n'est pas mort.  

Il faut tout d'abord remarquer que le texte biblique nous dit que Dieu a voulu mettre Abraham à l'épreuve. C'est la première fois que le texte biblique emploie ce terme de mise à l'épreuve. C'est en réalité la dixième mise à l'épreuve, la dernière, la plus dure. Les neuf qui ont précédé ont permis à Abraham de montrer au Seigneur combien il avait foi en Lui, combien il Lui faisait confiance. L'épreuve ne s'est pas tournée pour lui en tentation pour le mal, mais en chemin vers le bien. Abraham est allé d'épreuve en épreuve et cela lui a permis d'aller de foi en foi.. Cette expression que nous trouvons au début de l'épître aux Romains désarçonne beaucoup d'exégètes qui ne comprennent pas qu'elle est en rapport avec les épreuves d'Abraham. Celui-ci, toujours plus éprouvé par le Seigneur, a toujours su aller plus loin dans la foi. Cette dernière épreuve est d'autant plus terrible que Dieu remue le fer dans la plaie : "Prends ton fils, ton unique, celui que tu chéris. Mets-le sur l'autel, apporte-le comme une victime qui va servir à l'holocauste." L'épreuve est terrible car il s'agit du fils chéri d'Abraham, de celui qu'il a attendu si longtemps, qu'il aime. Voilà qu'Abraham se retrouve devant la perspective de voir mourir ce fils sur un ordre de Dieu. C'est non seulement son amour de père qui se trouve affecté, mais aussi sa confiance en Dieu. Dieu avait promis à Abraham une descendance plus nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable de la mer, cette descendance ne pouvait passer que par Isaac. Or, voici que ce dernier doit mourir. Abraham avait pensé au fils d'Agar.  

       Il avait pensé aussi à Lot. Mais Dieu lui avait dit qu'il aurait un fils engendré par Sara. Et voici que ce fils de trente-sept ans, pas encore marié et sans enfant, doit mourir. La Tradition juive met alors ces propos dans la bouche d'Abraham : "Tu m'as beaucoup donné. J'ai fait jusqu'à maintenant tout ce que Tu m'as dit. Cela aussi je vais le faire. Je ne vais rien Te refuser. Mais la promesse que Tu m'as faite, débrouille-Toi pour la tenir. Il faut que Tu la tiennes. Puisque je fais ce que Tu m'as demandé, fais Toi aussi ce que Tu m'as dit."

       Jusqu'au bout Abraham a eu foi et confiance. Isaac n'est pas mort. Isaac est vivant. On peut même dire qu'il est le premier des ressuscités. Il devait mourir et il n'est pas mort.  

       On peut voir en ce sacrifice d'Isaac l'annonce que Dieu voulait faire au monde et à son peuple en ce qui concerne les sacrifices humains. Ceux-ci étaient monnaie courante chez ces peuples, en particulier chez les Phéniciens. Dieu a montré qu'Il ne voulait pas qu'on mette à mort des êtres humains comme on le faisait avec les bêtes. Il a mis à l'épreuve Abraham pour voir jusqu'où irait sa confiance, mais aussi pour montrer aux nations que jamais Dieu n'accepterait un sacrifice humain. Cela est très important, car il y a une application immédiate à faire au Christ. Isaac est, en effet, la préfiguration du Christ. Je vous disais qu'Isaac est le premier des ressuscités. Cela est vrai aussi et d'abord du Christ. Dieu n'a pas voulu la mort de son Fils. Prétendre que Dieu a voulu que son Fils meure est le pire des blasphèmes et des sacrilèges. S'Il est mort, c'est à cause de nous. C'est nous qui l'avons mis à mort. Il y a eu pour le mettre à mort les premiers acteurs du drame, les responsables juifs et les Romains. Il y a eu ensuite nous-mêmes avec nos péchés. La mort du Christ n'est au fond que la conséquence logique de la désobéissance d'Adam et Eve qui ont voulu supprimer Dieu, se révolter contre lui et prendre sa place. C'est ce que le diable a suggéré aussi à Judas puis à chacun de nous. Par notre péché, nous avons voulu mettre à mort le Fils de Dieu. Ce n'est pas le Père qui a voulu cela. Le Père a voulu qu'Il ressuscite.  

       Le véritable sacrifice du Christ ne consiste pas dans sa mort, mais dans sa Résurrection. C'est par sa Résurrection qu'Il monte vers Dieu et nous obtient la vie, une vie qui triomphe de la mort. La mort est la conséquence du péché, du péché d'Adam, de notre péché. C'est ce péché qui a été la cause de la mort du Christ. Mais le Père l'a ressuscité. Avec le Père et l'Esprit, le Christ est désormais source de vie pour nous.  

       Tel est le sens du sacrifice d'Isaac. Dieu n'a pas voulu qu'Isaac meure. J'insiste beaucoup là-dessus, car les juifs sont très sensibles à cela. Les juifs s'imaginent que nous disons, dans l'évangile, que Dieu a voulu que son Fils meure. Ce n'est pas vrai du tout. Il faut s'appuyer sur ce texte d'Abraham pour affirmer plus fermement encore que Dieu n'a pas voulu la mort de son Fils. C'est nous qui l'avons voulue par notre péché. Dieu a voulu qu'Isaac vive et Il a voulu que son Fils vive. Nous non plus nous ne sommes pas condamnés à la mort. Nous ne sommes pas destinés à rester au fond du shéol. Nous sommes destinés à vivre éternellement, comme Isaac et comme Jésus.  

       AMEN