LE SACRIFICE D'ISAAC

Gn 22, 1-18

(8 février 1986)

Homélie du Frère Jean BUDILLON 

Walcourt : miséricorde 
Le sacrifice d'Isaac 

L

e sacrifice d'Abraham est un texte fondamental de la Bible : c'est celui qui contient toute la clé pour comprendre l'évangile. Ce texte est d'une densité extrême, mais je m'arrêterai sur un seul mot :"Dieu mit Abraham à l'épreuve." Ce fut sa dixième et dernière épreuve. Une épreuve non pas au sens d'une tentation pour le faire tomber, mais une épreuve au sens où Dieu a voulu tester sa foi et sa confiance, une épreuve faite pour fortifier sa foi et lui permettre d'aller jusqu'au bout d'elle-même.

       Dieu a fait à Abraham des promesses : Il lui a promis un fils qui est venu d'ailleurs très tard.  Et Il a promis que ce fils aurait "une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel, que le sable de la mer" et que toutes les nations se béniront par cette descendance. C'est tout le sort de l'humanité qui est en jeu. Et voilà que Dieu demande à Abraham de sacrifier son fils. Est-ce qu'Abraham va aller jusqu'au bout, dans sa confiance ? La tradition juive nous dit qu'à ce moment-là, Dieu tremblait. Est-ce qu'Abraham aura le courage de subir l'épreuve, aura le courage de faire confiance ? On peut penser aussi, par exemple, que quand l'ange est allé trouver Marie, Dieu tremblait à un certain moment : est-ce qu'elle dira oui ou est-ce qu'elle dira non ? Ce jour-là, Dieu avait quelque chose à dire à l'humanité, quelque chose de capital, et il ne pouvait le dire que par Abraham. Est-ce qu'Abraham aura le courage d'aller jusqu'au bout pour que Dieu puisse dire ce qu'Il avait à dire ?

       Et tradition juive fait dire à Abraham : "Seigneur, tu me demandes quelque chose de totalement absurde. Tu veux me mettre au pied du mur. Tu m'as fait une promesse. Tu veux me donner l'impression que tu vas la détruire complètement. Tout semble sombrer dans l'absurde. Et bien je Te prends au mot, je vais le faire et maintenant c'est à Toi de jouer. C'est moi qui Te mets au pied du mur." Abraham n'a pas faibli dans sa confiance. Il a cru en la promesse de Dieu. Qu'est-ce que cela veut dire ? Il n'y a pas deux possibilités, il n'y en a qu'une. Si Abraham doit tuer son fils et Dieu doit réaliser ses promesses, cela ne peut vouloir dire qu'une seule chose : Dieu ressuscitera Isaac. Ce jour-là Abraham a cru à la résurrection et il a affirmé à la face du monde que Dieu pouvait ressusciter les morts.

       Vous allez peut-être me dire que lorsque la tradition juive va jusque-là pour interpréter un texte biblique, elle va peut-être un peu trop fort, et nous avons du mal à la suivre, mais comme bien des fois, dans un cas analogue, notre Nouveau Testament à nous chrétiens vient nous dire : oui, c'est comme cela qu'il faut lire le texte de la Bible. Et nous voyons, dans l'épître aux Hébreux, au chapitre onzième, l'auteur de cette épître dire textuellement : "Dieu avait demandé à Abraham de sacrifier Isaac, objet de toutes les promesses. Abraham n'a pas hésité à le faire, parce qu'il savait que Dieu peut ressusciter les morts." Donc ce sacrifice d'Abraham, cette épreuve qu'il a dû affronter, était destinée, entre autres, à annoncer dans le monde, pour la première fois, que Dieu veut ressusciter les morts. D'ailleurs l'épître aux Hébreux ajoute : "Isaac n'était qu'une figure." Il était la figure de Celui qui devait venir, qui le premier devait non pas être sacrifié par son Père mais offrant sa vie en sacrifice pour les hommes. Isaac était l'image du Christ mort et ressuscité des morts.

       Et dans l'évangile nous lisons le passage où Jésus, dans la barque, s'est endormi. C'est souvent qu'on a l'impression que Dieu dort. Dans les pires épreuves, les pires drames, on se demande ce que Dieu est en train de faire, on a l'impression qu'Il ne se rend compte de rien, on crie et Il n'écoute pas. Jésus dort dans la barque, au plein milieu de la tempête de la mer déchaînée. Vous savez que dans la Bible la mer est le symbole de la mort, et la barque c'est le symbole de l'Église. Voilà une Église qui est déjà agitée par les flots de la mort. Les disciples sont épouvantés : "Seigneur, réveille-toi ! Qu'es-tu en train de faire ?" Et immédiatement Jésus calme la mer et reproche aux disciples leur manque de foi, leur manque de foi dans les promesses que Dieu avait données à son Église, qu'elle serait plus forte que les puissances de la mort. Jésus a les promesses de la vie éternelle, déjà c'est la Résurrection qui se profile : Il sera plus fort que la mort et par la puissance de sa résurrection Il permettra à son Église de toujours vaincre les puissances qui la menacent. Nous sommes toujours dans la même perspective : quelle que soit l'épreuve dans laquelle nous nous trouvons, ne perdons pas confiance : Dieu a fait une promesse, Il ne peut pas se renier. Il saura bien trouver la solution. L'essentiel pour nous c'est d'être dans la paix et dans la confiance, dans la foi, dans la foi absolue c'est-à-dire la certitude que Dieu réalisera tout ce qu'il nous a promis.

       AMEN