C'ÉTAIT TRÈS BON

Gn 1, 20 - 2, 4

(10 février 1981)

Homélie de Jean BOLOMEY 

 

Monthermé : église Saint Léger
Adam : fresque du XVIème siècle 

P

endant ce temps où l'on s'ingénie à nous apprendre que tout va mal et que tout risque d'aller plus mal encore, il nous est bon d'entendre résonner à nos oreilles ce récit de la création. En effet, si nous considérons que ce texte de la Genèse est inspiré, c'est-à-dire qu'il livre quelque chose de l'authenticité de Dieu, nous ne pouvons pas ne pas être frappés par l'harmonie et la beauté que l'auteur voit dans le monde et qui se reflète dans son texte.

       Tout ce qui est au monde, dans son histoire et dans ses évènements, vient de Dieu et se fait sous le gouvernement de Dieu. Toutes choses sont voulues par Lui, et elles entrent dans son plan. Et nous serions mal embouchés de trouver laid, ce que Dieu, lui, fait beau avec toute sa science, toute sa puissance et tout son amour. Nous ne pouvons pas donc, être pessimistes fondamentalement au sujet du monde, dans son présent et dans son avenir. Nous ne savons pas ce que l'avenir nous réserve. Peut-être, en effet, serons nous victimes de quelque cataclysme. Mais il est impensable que ce monde que Dieu a mis tant d'amour et tant de beauté à faire soit voué à une destruction bête qui lui enlèverait tout son sens. 

       Il nous est encore moins permis d'être pessimiste fondamentalement sur l'histoire de l'homme, sur son présent et sur son avenir. A chaque fois que la création avance d'une étape, c'est-à-dire d'un jour, le texte sacré nous répète : "Dieu dit : Cela est bon". Mais quand on arrive au sixième jour, où Dieu fait l'homme à son image et à sa ressemblance, homme et femme Il les fit, Dieu vit ce qu'Il avait fait : c'était très bon.

       Ainsi l'homme est placé comme couronnement, comme merveille de la création. Et l'homme serait bien fort s'il arrivait à détruire ce que Dieu a créé. L'homme serait bien fort s'il arrivait à se détruire lui-même au point de nier la création de Dieu. Aussi bien, Dieu a-t-il voulu mettre l'homme comme à la fois gardien et co-créateur de cette beauté et de cette harmonie. Nous serions, encore une fois, bien mal embouchés, lorsque nous regardons l'histoire des hommes, notre propre histoire, lorsque nous suivons autant que nous le pouvons le déroulement de notre vie, de trouver laid ce que Dieu a pensé et fait avec tout l'amour de son cœur.

       Nous n'allons pas, bien entendu, nier l'existence du mal. Mais le mal ne vient-il pas précisément de ce que l'homme se détourne de cette vocation que Dieu lui a donnée d'être le mettre de l'univers et de le garder dans la beauté et dans l'harmonie ? S'ensuivent, de ce dérèglement, ce qui nous accable comme guerres, famines, et pollutions diverses.

       Le monde et l'humanité sont si beaux que Dieu lui-même a voulu y prendre place, a voulu y prendre part. L'Écriture dit qu'en se faisant homme, le Christ s'est dépouillé de sa puissance de Dieu, mais on ne peut pas s'empêcher de penser que, en se faisant homme aussi, il a revêtu cette dignité d'homme que Dieu lui avait donnée à l'origine. En se faisant homme, Dieu nous permet d'accomplir le désir profond de notre cœur qui est d'être Dieu, mais en se faisant homme Dieu se réjouit de venir parmi nous et d'être un homme avec nous.

       Au cours de cette eucharistie, nous allons particulièrement rendre grâces pour toute la vie du monde, celle que nous connaissons qui nous est livrée par les médias, celle qui s'impose à notre vue, mais aussi toute celle que nous ignorons, tous les efforts cachés des hommes pour vivre dans la beauté et dans l'harmonie, tous les efforts incertains et obscurs des hommes pour se rendre davantage maître du monde et de la vie, comme Dieu nous l'a demandé et proposé. Tous les efforts obscurs et incertains mais bien réels et bien vivants des hommes, des petits comme des grands pour s'aimer davantage, de telle sorte que l'humanité soit bien comme Dieu l'a voulue à son image et à sa ressemblance.

AMEN