CHARITÉ ET COMMUNION
Jon 4, 1-5
(4 juillet 2008)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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rères et sœurs, je vous propose de reprendre le petit livre de Jonas là où nous en étions avant-hier, hier, c'était la saint Thomas. Pour ceux qui ont oublié ou qui ne connaissent pas complètement ce petit livre, la dernière fois, nous avons donc appris que les Ninivites se sont convertis : "Dieu vit ce qu'ils faisaient pour se détourner de leur conduite mauvaise, aussi Dieu se repentit du mal dont il les avaient menacés et il ne le réalisa pas".
Si nous faisions un petit sondage auprès des gens en leur posant cette question : à votre avis, quelle est la caractéristique principale de Dieu ? on entendrait : Dieu est celui qui ne meurt pas, ou encore : Dieu est celui qui sait tout par avance. Je crois que c'est bien cela le problème qui est soulevé par Jonas. En fait, Jonas est vexé comme un pou. Dieu l'a envoyé pour dire aux Ninivites : vous allez tous mourir, et la preuve que je suis bien envoyé par Dieu et que ce que je vous ai annoncé va arriver, et cela n'arrive pas ! Imaginez, vous êtes envoyé par Dieu pour annoncer quelque chose et cette chose n'arrive pas. Vous aurez vraiment l'impression d'être pris pour un idiot et d'avoir été manipulé par Dieu. C'est vraiment le cœur du dialogue entre Jonas et Dieu. Jonas est vexé à mort, et je pense que nous le serions tous. Pourquoi ? parce qu'une des caractéristiques que nous prêtons à Dieu, c'est qu'il sait tout, et quand Dieu dit, à la différence des hommes, il le fait. Et ici, il ne le fait pas.
Ce que nous oublions, c'est que la caractéristique principale de Dieu ce n'est pas de prévoir l'avenir, comme si celui-ci était écrit, c'est horrible et ce n'est pas du tout la perspective de la théologie de l'Ancien Testament ni du Nouveau Testament, de croire que Dieu écrit tout à l'avance et que nous n'avons qu'à nous conformer à sa Parole. Cela veut dire que ces pauvres Ninivites malgré le fait qu'ils aient changé de vie, auraient dû finir dans les feux de l'enfer.
La puissance divine ne se manifeste pas d'abord par le fait que Dieu sait tout à l'avance, et qu'il fait ce qu'il a prévu, mais sa caractéristique est autre. En entendant ce texte me revenait à l'esprit une oraison que j'aime beaucoup parce que je la trouve très juste, c'est celle que l'on entend dans la vingt-sixième semaine du temps ordinaire : "Dieu qui donne la preuve suprême de ta puissance, lorsque tu patientes et prends pitié, sans te lasser, accorde-nous ta grâce en nous hâtant vers les biens que tu promets, nous parviendrons au bonheur du ciel". La manifestation de la puissance de Dieu, ce n'est pas que Dieu détruit Ninive, mais c'est qu'il soit capable tout en gardant le même projet qui est dans son cœur, être capable et assez souple, pour patienter, prendre pitié, et changer les moyens pour arriver au même but. C'est cela manifestation finale de la divinité.
Nous devrions nous aussi, être comme cela. Nous qui sommes faits à l'image de Dieu, nous ne devrions avoir qu'un seul objectif et être capable de souplesse, être inventifs et miséricordieux, pour en cours de fonctionnement, être capables de changer pour arriver à nos fins. Pour une fois, la fin justifie les moyens, à un moment donné il faut menacer, on menace, ça marche, et on passe à autre chose.
Mais quel est donc cet objectif ? Il nous est donné dans l'évangile que nous avons entendu. C'est un évangile qui nous dérange qui est très dur. Mais si l'on fait bien attention à tout ce qui a été dit, qu'est-ce que le Seigneur demande à ses disciples de préserver? C'est la communion à tout prix. Cela peut nous sembler injuste au niveau de la loi de la société, de la justice de l'homme. Comme pour Jonas, cela peut sembler là aussi injuste que Dieu nous demande presque de nous écraser et de faire passer la vérité au prix de la charité, mais je crois que ce que le Seigneur demande à ses apôtres, à ses disciples dans le passage que nous avons entendu : débrouillez-vous, mais la chose la plus importante est de garder la charité et la communion les uns envers les autres, même si vous avez à perdre la face. Pour en revenir à Jonas, ce n'est pas grave, car le but pour Dieu n'est pas que nous soyons brillantissimes dans la société, en disant : vous voyez, je vous l'avais bien dit, c'est arrivé, mais ce qui compte avant tout c'est la communion et la charité. Et à partir du moment où ces braves Ninivites ont accepté de se convertir, il n'y avait aucune raison pour que Dieu mette ses menaces à exécution.
Frères et sœurs, à la suite de ce discours sur la montagne et aussi à la suite de cette petite histoire de Jonas qui est extrêmement riche et de sens, et toujours intéressante pour nous, faisons nôtre cette oraison de la vingt-sixième semaine du temps ordinaire : "Dieu qui donne la preuve suprême de ta puissance lorsque tu patientes et prends pitié, sans te lasser, accorde-nous ta grâce". Que nous soyons dignes de ce baptême que nous avons reçu, que nous soyons dignes de cette image d'enfants de Dieu, que nous soyons capables de manifester notre puissance en prenant patience, en prenant pitié pour notre prochain.
AMEN