LE CENTRE, C'EST DIEU
Jon 3, 1-10
(2 juillet 2008)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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rères et sœurs, vous l'avez entendu dans la première lecture, Jonas cette fois-ci pour de bon va annoncer la Parole de Dieu à Ninive, et je ne sais pas si vous avez fait attention à ce petit verset : "Ninive est une ville divinement grande". C'est une ville divinement grande dans laquelle, Dieu n'a pas sa place, une ville divine, sans Dieu parce que tout simplement l'homme a exclu de sa ville et de sa société la présence de Dieu. C'est la ville en autarcie, cette ville si grande qu'il faut trois jours pour la traverser, une ville où l'homme est à l'origine et à la fin de tout. Le centre, c'est l'homme.
Il y a comme en regard de cette ville divinement grande dans laquelle Dieu est absent, cette montagne dont on ne sait rien dans l'évangile, une montagne qui en quelques minutes se retrouve habitée par une foule qui elle, a le désir de Dieu. Les Béatitudes (je vais vous faire une confidence et ce n'est pas la première fois) me posent beaucoup de problèmes et je ne les aime pas beaucoup. C'est vrai qu'elles sont terribles, et on ne peut pas dire autre chose … Elles peuvent même paralyser, nous poser beaucoup de questions surtout sur la fin : est-ce qu'il faut vraiment être malheureux et souffrir pour arriver au bonheur. Personnellement je ne crois pas et ce n'est pas cela qui est au centre des Béatitudes. Ce qui est au centre des Béatitudes c'est ce qui n'est pas au centre la ville de Ninive, c'est Dieu. Qu'est-ce que les Béatitudes ? C'est le Christ qui dit à tous ces gens qui viennent assoiffés de Dieu : gardez toujours une place pour Dieu dans votre cœur. C'est uniquement cela : quoiqu'il vous arrive, quoique vous fassiez, quelle que soit la situation dans laquelle vous êtes, la chose la plus importante, c'est de creuser et de garder dans votre cœur une place pour que Dieu puisse venir y habiter et s'y nicher. Le péché de Ninive, c'est cela : Ninive ne laisse pas de place dans son cœur à Dieu.
Pour continuer à jongler entre la ville et la montagne, je vais faire un tour par l'évangile de saint Luc. Dans cet évangile, il n'est pas question uniquement des Béatitudes, mais il y est question aussi des malédictions. Je trouve assez humoristique de la part de la liturgie de se faire confronter aujourd'hui cette malédiction que Jonas vient annoncer à Ninive, dont on ne sait pas grand-chose, mais qui est peut-être la même parole que le Christ prononce dans l'évangile de saint Luc : malheur à vous les riches, parce qu'en fait, vous êtes déjà pleins de vous-mêmes. Je crois que ce que Jonas vient annoncer aux Ninivites, c'est la malédiction que Jésus profère à la suite des Béatitudes dans le texte de saint Luc.
Les Béatitudes ou l'annonce de Jonas dans cette ville pleine d'elle-même est-ce encore une critique de la richesse ? Ce que Jonas et ce que les Béatitudes ont à nous dire, c'est que quelle que soit notre richesse, ce que le Seigneur nous demande, c'est de garder dans notre cœur une place pour lui. Mais je poursuis sur un petit détail qui m'est très cher dans le texte de Jonas, il est dit que les Ninivites, et c'est important pour notre vie spirituelle et personnelle, ils croient que s'ils se convertissent, Dieu changera. Ils pensent que cette annonce terrible de la part de Jonas ne les enferme pas dans leur péché, mais que Dieu est capable de changer son projet sur eux. Ils font bien et cela nous rappelle que ce qui est à la racine du changement dans notre vie, c'est exactement la même chose, c'est l'espérance. Croire qu'un changement est possible à la fois dans notre cœur, et aussi dans le projet de Dieu.
Un autre détail qui me tient aussi à cœur, vous aurez remarqué que les Ninivites font jeûner les animaux. Qu'est-ce que cela veut dire ? Les Ninivites, même enfermés dans leur vie urbaine, il faut trois jours pour traverser la ville, n'oublient pas d'où ils viennent. Ils viennent de la terre, ils sont eux-mêmes une créature de Dieu et ils n'oublient pas qu'en faisant jeûner aussi les animaux, ils considèrent que leur vie est solidaire de celle la création. Les Ninivites reconnaissent par là qu'ils sont les intendants de cette création. Dieu a donné la création, elle n'appartient pas aux hommes, elle n'est pas leur bien propre, et ils ont à en prendre soin même au cœur de ce que Jonas vient d'appeler : la destruction du monde.
C'est intéressant par rapport aux Béatitudes et à la pauvreté. Dieu ne nous demande pas la pauvreté pour elle-même, il nous demande dans notre conversion de devenir de véritables intendants. Un intendant, c'est pauvre, parce que par définition, l'intendant prend soin d'un trésor qui ne lui appartient pas. A la fois dans le message que Jonas vient apporter aux Ninivites et le message que Jésus vient apporter sur la montagne, il est question dans les deux cas de cette véritable pauvreté à laquelle nous sommes appelés, et à laquelle nous appelons aussi nos frères et nos sœurs, être de véritables intendants. Etre des pauvres de cœur, c'est-à-dire savoir laisser une place dans notre cœur pour Dieu, mais aussi en étant des intendants, savoir laisser Dieu au cœur de cette création qui n'est pas la nôtre mais qui est celle de Dieu.
AMEN