DIEU EST-IL IMPASSIBLE ?
Dt 7, 6-11 ;1 Jn 4, 7-16 ; Jn 19, 31-37
(1er juillet 2011)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Malines : Bannière de procession
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rères et sœurs, généralement quand nous parlons du cœur, nous parlons du sentiment, de ce que nous éprouvons vis-à-vis de l'autre et nous sommes maintenant largement accoutumés dans notre société occidentale, trop ou mal christianisée, à ce que Dieu c'est l'Amour. Résultat, l'amour, c'est Dieu et on ne sait plus exactement ce que veut dire et ce que veut dire l'amour. Et quelquefois nous sommes comme des adolescents, étant tellement sûrs d'être aimés pas Dieu, que nous pensons faire tout et n'importe quoi, car de toute manière, Dieu est amour, il nous pardonnera éternellement.
Or il faut reconnaître qu'au temps où les textes que nous avons entendu ont été écrits, les choses n'étaient pas aussi simples. Nous avons l'exemple de certains ecclésiastiques qui se trouvent obligés d'aborder une question très grave dans l'Antiquité, et qui est la question de l'impassibilité de Dieu. Alors que pour nous Dieu est amour, et c'est évident, dans l'Antiquité, la divinité ne peut être qu'impassible. C'est tellement vrai que l'homme qui recherche Dieu ou la divinité n'a qu'un seul chemin qui s'offre à lui, c'est de vivre cette même impassibilité. C'est cela le substrat de ces textes que nous venons d'entendre, principalement dans le monde greco-romain.
Je prendrai une image que je trouve assez belle, c'est de considérer le cœur pas simplement comme l'enjeu des passions, c'est-à-dire qu'on accepte ou qu'on récuse, mais le cœur en tant qu'un cœur à cœur et une sorte de mise en rythme entre deux personnes. L'Ancien Testament et le Nouveau Testament ne s'opposent pas en tant que dans l'Ancien Testament Dieu n'aimerait pas et dans le Nouveau, il aime. Irénée de Lyon a définitivement expliqué la différence entre l'Ancien et le Nouveau, ce n'est pas en termes qualitatifs, ce n'est pas en termes de nouveauté, mais dans le Nouveau Testament, c'est Dieu lui-même qui vient révéler ce qu'il a déjà révélé dans l'Ancien Testament.
C'est exactement dans ce que dit Irénée que je voudrais insérer mon propos et le comparer à ce que deux êtres qui s'aiment vivent après et avant ce qu'on appelle la cohabitation. Avant la cohabitation, on peut s'aimer, manifester son amour vis-à-vis de l'autre comme Dieu a manifesté son amour et son attachement à Israël, il n'en demeure pas moins que chacun habite chez soi. Dieu est dans le ciel même s'il vient sauver Israël à différents moments de son histoire, et l'homme est sur la terre. Le grand changement ce n'est pas qu'on manifeste comme cela son amour, mais c'est qu'à un moment donné, on va cohabiter, on va partager et expérimenter au cœur de soi-même, de sa propre vie, ce que vit l'autre. C'est cela le pas décisif de l'Incarnation de Dieu, et c'est ce pas décisif que certains font quand ils décident de cohabiter. Il ne s'agit pas simplement de s'offrir des fleurs, de se retrouver au restaurant, ce n'est pas simplement que monsieur donne un coup de main à madame pour telle ou telle activité ou inversement, il s'agit cette fois-ci d'un pas extrêmement décisif qui est de mettre en cœur à cœur deux cœurs qui n'ont pas nécessairement le même rythme. Le grand mystère de Dieu, par l'Incarnation, c'est qu'il a voulu mettre son cœur de Dieu au rythme du cœur de l'homme. De ce fait il a invité l'homme à expérimenter déjà sur terre la possibilité pour chacun d'entre nous de vivre déjà au rythme du cœur de Dieu.
C'est ce mystère qui est annoncé dans la première lettre de saint Jean : Dieu donnant son amour à l'homme, l'homme est appelé à vivre avec ses semblables déjà la possibilité d'accorder son cœur avec les autres, et commencer à expérimenter ce que nous vivrons pleinement avec Dieu.
Frères et sœurs, cela tombe bien, c'est le premier juillet, certains d'entre nous sont peut-être en vacances, on dit toujours que c'est l'occasion de prendre un nouveau rythme, ou au moins un rythme différent, je crois que c'est à cela que nous invite cette fête. C'est-à-dire, pas simplement d'obéir à la loi, pas simplement de dire, je vais essayer d'être un bon chrétien, mais de mettre notre cœur au rythme du cœur de Dieu. La dernière action, et qui l'action la plus folle et la plus inconsidérée, c'est ce que nous avons entendu à la fin de l'évangile, c'est-à-dire de ce Dieu qui mettant son cœur de Dieu au rythme du cœur de l'homme, est allé jusqu'à laisser transpercer son cœur par l'homme. Et en même temps, ce cœur transpercé, ce n'est pas fini, c'est le début de tout justement. C'est là que saint Jean dit qu'il est témoin. C'est que l'homme en regardant ce Dieu qu'il a transpercé découvre tout l'amour de Dieu et est capable de se mettre en marche pour marcher avec Dieu. Cela s'appelle le pardon, c'est le lieu ultime dans lequel le cœur de l'homme en demandant pardon ou en accordant son pardon à un semblable expérimente au dernier degré ce que le cœur de Dieu a laissé couler sur la croix.
AMEN