PROJETS PERVERS
1 S 18, 6-16 ; Mc 8, 22-26
(18 février 2012)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Piège redoutable
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rères et sœurs, avec la première lecture nous sommes toujours aux prises avec cette redoutable affaire compliquée, qui est l'installation de la royauté en Israël. Comme vous le voyez, les difficultés ne font que s'accumuler. Tout se passe comme si Saül avait été un coup d'essai de la part du peuple, et qu'il fallait de la part de Dieu essayer de corriger cet essai pour que la royauté ne dévie pas dans le sens que Saül semblait lui donner, une royauté d'affirmation de soi, de pouvoir, de faire vivre le peuple dans la crainte, mais comme le diront les écrivains sacrés, une royauté selon le cœur de Dieu et dont David sera évidemment l'exemple type.
Pour que David devienne roi à la place de Saül, il faut que David prenne la place de Saül. Je vous l'ai dit, affaire d'autant plus complexe que Saül avait sans doute un prétendant à la succession tout désigné en la personne de son fils Jonathan, qui lui, était beaucoup plus sage et sans doute plus capable de gouverner que son père. L'accumulation des épisodes à la gloire de David font que Saül a vraiment des soupçons vis-à-vis de David. Accumuler les succès de cette manière doit bien avoir une certaine signification.
David est arrivé à la cour de Saül comme un troubadour pour divertir le roi, il s'est illustré ensuite dans différentes situations dont la plus spectaculaire a été la victoire sur Goliath, et au bout d'un certain temps David qui est entré très jeune au service du roi est capable de devenir un chef de troupe. Saül trouve que le personnage devient gênant. Déjà lors du combat singulier avec Goliath Saül avait laissé partir David dans cette aventure en acceptant l'issue d'un combat inégal.
Maintenant, le piège se resserre, et il n'hésite pas à mettre en jeu sa propre fille Mikal. Il feint de reconnaître la valeur de David, et de ratifier sa bravoure au combat en lui proposant sa fille. La réaction de David est très symptomatique, il reconnaît son origine modeste et pense qu'il n'a rien à apporter comme caution pour devenir le gendre du roi. Le roi ne veut pas d'argent, mais sa proposition est perverse : combattre cent philistins et en ramener les prépuces. Ce genre de détail est un peu sordide mais il était courant que quand on avait remporté la victoire sur des ennemis on en ramenait la preuve et comme les philistins étaient appelés les incirconcis cela aurait été la preuve que David avait vraiment tué les philistins.
C'est là que dans le récit, on nous montre le côté retours et rusé de Saül puisqu'il dit que David ne réussira pas. Par chance, il est arrivé à vaincre un seul ennemi mais une centaine de philistins, cela comporte le risque qu'il y perde la vie. La manière dont on nous présente Saül n'a rien de très flatteur. Il commence à trembler pour sa royauté, il voit la véritable carrure que David peut prendre à l'intérieur des troupes d'Israël et il se demande par quel moyen il peut s'en débarrasser.
C'est autour de cela que va se nouer la suite de l'intrigue, non seulement David va gagner et il va marier Mikal, et ce ne sera pas un cadeau ! De temps en temps, elle défend David, mais elle joue double jeu, et surtout elle ne comprend pas la manière dont David doit être roi. Quand quelqu'un a été choisi par Dieu et qu'il est exposé à des tas d'embûches, la première étant Saül, le deuxième étant sa propre femme, Mikal qui va jouer vis-à-vis de David un rôle assez ambigu, si Dieu accompagne David et lui confie une mission, alors la marque même de la royauté de David sera la manière dont Dieu le sauvera de tous les dangers. On verra dans la suite du récit que les dangers sont à la fois extérieurs mais aussi intérieurs dans la cour du roi Saül et David doit vivre avec tout cela.
Pour nous, si nous devons en tirer un enseignement spirituel, il faut reconnaître que si un homme attaché à Dieu essaie vraiment de rester dans la vocation que Dieu lui donne, alors il y a là quelque chose d'inviolable. Il y a une sorte de sécurité absolue, de protection de la part de Dieu qui ne permet pas qu'on puisse toucher à celui qui est destiné à telle ou telle mission. Cela ne veut pas dire que tout ira toujours bien, mais si Dieu choisit quelqu'un, et pourvu qu'il réponde à cette vocation, et c'est vrai de chacun d'entre nous, même dans les pires dangers et les pires difficultés ne peuvent pas empêcher Dieu, à condition qu'on y consente de réaliser le dessein qu'il a voulu pour nous et pour les autres.
AMEN