JÉRUSALEM OU L'AMOUR N'EST PAS AIMÉ
2 S 15, 13-30 ; Lc 19, 41-44 et 13, 34-35
(11 septembre 1981)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
Dominus Flevit

Dominus Flevit
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ette ville de Jérusalem s'étend sous nos yeux comme elle s'étendait sous les yeux de Jésus qui s'avançait vers elle pour y être torturé, flagellé, pour y mourir, pour y ressusciter. Comme elle s'étendait sous les yeux du roi David, chassé de cette ville qu'il avait fondée, conquise, dont il avait fait le cœur du peuple d'Israël, du peuple élu, dont il avait fait le lieu de la présence du Seigneur et dont il était chassé par son propre fils, Absalon qui usurpait son trône et en voulait à la vie de son père.
Cette ville de Jérusalem, c'est la ville de l'Amour du Seigneur : c'est la ville que le Seigneur a chérie, comme Il chérit la terre et chacun de ceux qui y habitent, chacun de nous, avec une infinie tendresse. Mais cette ville, comme chacun de nous, ne comprend pas l'amour de Dieu. "L'amour n'est pas aimé". Chaque jour, si nous regardons au fond de notre cœur, nous savons que nous ne reconnaissons pas à quel point nous sommes aimés, nous sommes chéris, avec quelle folie Dieu veut nous serrer sur son cœur, nous introduire au cœur de son amour, de sa gloire, de son bonheur. Nous ne comprenons pas ce que peut être l'amour de Dieu.
Nous avons des idées sur Dieu, nous avons des opinions, peut-être même des certitudes, mais tellement intellectuelles et qui touchent si peu le fond de notre cœur. Nous ne nous sentons pas vraiment concernés et c'est pourquoi nous ne savons pas répondre à l'amour par l'amour. Et c'est pourquoi l'amour de Dieu qui est ainsi refusé ou qui simplement tombe dans l'indifférence de nos cœurs de pierre, lâches et médiocres, devient un amour souffrant. C'est pourquoi le secret du cœur de Dieu, c'est les larmes qu'Il laisse couler sur chacun de nous et sur cette ville qui symbolise l'humanité chérie de Dieu. "Jérusalem, Jérusalem, tu n'as pas su reconnaître le moment où tu avais été visitée !" Jérusalem, toi qui n'avais déjà pas su reconnaître à travers le roi David, l'amour que le Seigneur te portait, Lui qui t'a façonnée pierre par pierre, Lui qui t'a construite maison par maison, Lui qui a fait de toi la plus belle de toutes les villes, le ville même où Il réside pour l'éternité, cette ville qui sera emportée dans les cieux pour être à jamais l'épouse de Dieu, l'objet de sa tendresse, sa Bien-Aimée.
Jérusalem, symbole de l'humanité, Jérusalem figure de chacun de nous, tu ne sais pas reconnaître la visite de Dieu. Et c'est pourquoi cet amour et cette tendresse de Dieu deviennent souffrance, douleur et pleurs. Oui, il y a un mystère de la souffrance de Dieu, il y a un mystère de la tendresse méconnue de Dieu et c'est peut-être une des réalités les plus profondes que nous avons le plus de mal à saisir : Dieu qui est la perfection absolue, qui est le bonheur absolu, Dieu qui est béatitude et joie, Dieu est aussi souffrance. Le cœur de Dieu est déchiré, et par cette déchirure du cœur de Dieu nous sommes sauvés. C'est par cette déchirure que sa miséricorde se répand sur nous, que son amour transformé par cette souffrance est devenu miséricorde et pardon et vient se répandre pour nous purifier, nous consoler, nous libérer de nous-mêmes et nous entraîner de nouveau dans sa joie. Tel est le parcours de l'amour de Dieu, tendresse créatrice, don infini, étonnement devant l'ingratitude, souffrance infinie, miséricorde sans limite et triomphe de cet amour sur toutes nos indifférences et sur tous nos péchés.
Frères et sœurs, comme les femmes de Jérusalem qui pleuraient sur le Christ portant sa croix, écoutons la parole de Jésus : "Ne pleurez pas sur moi, leur dit-Il, pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants, car c'est vous qui êtes le bois sec de la croix." C'est sur votre ingratitude que je suis crucifié mais c'est cet arbre-là qui, par la force de ma vie et de mon amour, refleurira dans la résurrection et sera pour vous joie éternelle.
AMEN