LE JUGEMENT DE DIEU

1 S 26, 6-12

(2 juillet 2001)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

L

'inculturation de l'évangile est un thème qui n'est pas mal à la mode en ce moment, il s'agit de réfléchir comment nous pouvons annoncer l'évangile à d'autres peuples qui ont une autre civilisation. Et quand je lis certains textes comme celui que nous avons lu au sujet de David et de Saül, cette espèce de force, de puissance de combat, entre ces deux hommes, cette volonté de destruction et David fuyant, cette lecture me fait penser à un sport que l'on pratique au Japon qui est le judo.

       Cette fois-ci ce n'est pas l'évangile qui va être apporté aux païens et aux autres, mais c'est une autre civilisation qui pourrait nous aider à comprendre ce passage du livre de Samuel. En effet, je pense que l'esprit que Dieu demande à tout croyant, à tout chrétien, est assez proche de l'esprit que doit déployer un judoka dans son combat conte son adversaire. Il s'agit de ne pas donner prise à l'autre et même plutôt de se laisser faire et d'utiliser la force de son adversaire pour le faire tomber. Vis-à-vis du mal, de l'ennemi, Dieu semble nous demander de faire un peu la même chose, il ne s'agit pas de le prendre de front, et d'utiliser les mêmes armes que lui, ni de déployer des ingéniosités de méchanceté, de ruse destructrice, mais au contraire d'accepter que ce soit Dieu qui rende son jugement. Attention ! quand on dit "que Dieu rend son jugement", il ne s'agit pas d'attendre une foudre tombant du ciel, ou de se dire qu'il ne faut pas juger les hommes en attendant que Dieu le fasse, mais plutôt d'accepter que ce soit le mal qui détruise celui qui l'utilise. Trop souvent, nous pensons que pour régler certains problèmes, il nous suffirait d'utiliser la violence, l'art militaire, ou autre chose, pour régler une bonne fois pour toutes le problème et que l'on soit à l'abri, et que nous vivions dans la paix. Or, le mal détruit celui qui fait le mal. Au départ, on peut être très heureux en se disant qu'on a fait le mal pour aboutir à ce qu'on voulait, qu'on a assouvi notre désir et qu'on s'en est très bien sorti. Or, plus tard, le mal ronge celui qui fait le mal, et je pense que dans tout cet aspect de course poursuite entre Saül et David, David est l'homme qui refuse de tomber dans le piège. Il pouvait tuer le roi Saül, ses amis y voyaient même un signe de Dieu, et David a vu dans cette livraison, ce roi qui était à sa merci, un signe de Dieu aussi, mais pas dans le même sens, non pas pour le tuer, mais pour le laisser vivre, pour que le roi peut-être se convertisse, et arrête de courir après David pour le tuer, soit pour comme il le dit, que Saül soit châtié par son propre mal. 

       Dans cette image que j'ai utilisée du judo, qui pour moi prend un sens très visuel, je pense qu'effectivement, Dieu nous demande de ne jamais tomber dans ce piège qui est le mal, qui est si facile de se dire que tout pourrait être réglé d'un manière plus rapide et plus confortable pour nous, par les armes, par la guerre, le mensonge, la calomnie. Oui, là aussi quand on parle du jugement de Dieu, il nous est demandé de ne jamais juger nous-mêmes. C'est bien difficile et nous passons notre temps à nous juger les uns les autres, mais laissons Dieu juger, ne jugeons pas les actes des autres car cela pourrait bien nous retomber sur la tête un jour ou l'autre. Refusons de tomber dans ce piège, dans la délation, dans cette violence que nous pouvons avoir les uns envers les autres et acceptons plutôt d'être rusé comme un loup et innocent comme la colombe, sans oublier que pour Jésus, les deux vont de pair. Il ne s'agit pas d'être innocent au point de se laisser détruire, mais au contraire d'avoir une innocence au jugement de la ruse et de l'intelligence. 

       C'est ce qu'a fait David, dans cette course à la royauté entre Saül et lui, c'est ce qui a fait de David un grand roi, même dans son péché, dans son état d'assassin, c'est cette route que nous demande le Seigneur, cette route qui nous amènera à savoir vivre les uns avec les autres pour le découvrir Lui dans nos frères et nos sœurs.

       AMEN