LA PERSÉVÉRANCE

1 S 24, 17-23

(18 juin 2001)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

D

ans le premier livre de Samuel dont nous continuons la lecture, de cette circonstance où David avait épargné Saül qu'il avait surpris endormi dans une grotte et que ses compagnons l'encourageaient à tuer parce que Saül poursuit David de sa haine, de sa jalousie et lui-même cherche à la tuer, David n'a pas voulu tuer Saül, il l'a épargné et il s'est contenté de couper le pan de son manteau. Sorti de la grotte, ayant traversé la vallée, il appelle le roi et lui montre le manteau en lui disant : "Tu vois bien que c'est à tort que tu as peur de moi et que tu me poursuis, j'aurais pu te tuer et je ne l'ai pas fait".

       Le texte d'aujourd'hui nous parle donc de la réponse de Saül. Nous sommes très émus en lisant cette supplication de Saül : "Est-ce bien la voix de mon fils, David". Voici qu'il appelle David son fils. "Tu es plus juste que moi, tu as révélé ta bonté pour moi, le Seigneur m'avait livré entre tes mains, et tu ne m'as pas tué. Que le Seigneur te récompense pour le bien que tu m'as fait, je sais, (et là Saül prophétise) je sais que tu régneras sûrement et que la royauté sur Israël sera ferme en tes mains". 

       Le personnage de Saül est un personnage complexe et ambigu. C'est Dieu qui l'a choisi comme roi par l'intermédiaire de Samuel. Saül n'avait rien demandé, il s'était même caché pour échapper à ce choix de Dieu et il a fallu le débusquer au milieu des bagages de l'armée. Samuel lui a donc imposé cette charge et Saül a été un bon chef de guerre, il s'est efforcé de mener Israël à la victoire. Et puis, les choses ne sont pas très claires, Samuel aussi est un étrange personnage, il semble tendre un piège à Saül : il lui recommande de rassembler l'armée pour une nouvelle bataille contre les innombrables ennemis d'Israël, et il lui dit qu'il va venir offrir le sacrifice pour demander la victoire. Et Samuel se met en retard, on a l'impression qu'il fait exprès de ne pas venir à l'heure prévue. Saül est inquiet, les troupes sont prêtes à se débander, à se séparer, et Saül finit par se résoudre à offrir lui-même le sacrifice. A ce moment-là Samuel arrive comme un vengeur et il lui dit : "Parce que tu t'es arrogé le droit d'offrir le sacrifice que tu n'avais pas le droit de faire, c'était moi seul qui en avait le droit, Dieu te rejette".

       A partir de là, Saül devient comme fou, il a peur de tout, il craint pour sa vie, il voit partout des ennemis et même quand on fait venir le jeune David, le jeune berger pour jouer de la lyre afin de calmer les terreurs de Saül, il se prend à craindre David comme un rival et à vouloir le tuer. Et c'est ce personnage complexe, ce Saül qui semble bien avoir été injustement maudit par l'intermédiaire de Samuel, qui désormais cherche à tuer celui qui ne lui a fait aucun mal et David est obligé de se protéger, de partir au désert, de se cacher, et c'est ici que prend place l'épisode que nous avons lu. Nous voyons que Saül là encore subit comme un retournement intérieur : "Aujourd'hui tu as révélé ta bonté pour moi, tu es meilleur que moi. Prends pitié de moi, que le Seigneur te récompense". Et Saül va jusqu'à dire : "Je sais que c'est toi qui sersa le vrai roi d'Israël après moi". Et ces paroles de Saül se terminent par cette phrase : "Jure-moi que tu ne feras pas disparaître mon nom de ma famille de devant toi". Saül demande à David de lui promettre qu'il ne mette pas à mort sa famille, que même s'il devient roi d'Israël, il ne fera pas place nette comme on avait l'habitude de le faire dans les querelles de palais en cette époque un peu barbare, mais qu'il sauvera la vie des descendants de Saül. Et David prête serment.

       Je vous propose simplement une réflexion sur la persévérance. Saül comme je viens de vous le dire est un homme émouvant, déchiré, séparé entre cet instinct de jalousie qui le pousse à tuer et ces moments où il reconnaît qu'il a tort, et que c'est David qui est meilleur que lui. Dans la suite du récit, nous verrons Saül reprendre ses poursuite et sa haine contre David et le persécuter à nouveau. Saül est essentiellement un homme instable, c'est l'homme d'un moment, il promet, il s'engage, il voit la vérité, et puis tout à coup, son esprit est obscurci et il ne sait plus où il en est, et il s'écarte du droit chemin. David au contraire sera la manifestation de la rectitude et de la fidélité. Il a promis à Saül alors que celui-ci le poursuivait, d'épargner sa race et effectivement, le petit-fils de Saül sera nourri à la table de David toute sa vie durant et jamais David ne manquera à la promesse qu'il avait fait à Saül.

       Je crois que nous avons ici une réflexion à faire sur notre propre vie et notre propre cœur. Sommes-nous les gens d'un moment, pris de bons sentiments et puis ensuite cédant à la colère et au péché, ou bien creusons-nous de façon continue le sillon avec la fidélité que David a montré ?

       AMEN