RIEN DE NEUF SOUS LE SOLEIL !
2 S 20, 14-22
(20 février 2003)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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rères et sœurs, je ne sais pas si comme moi, vous avez beaucoup apprécié la première lecture que nous avons entendu ? Cette lecture est très intéressante, parce qu'elle répond à une préoccupation plus que moderne, c'est une préoccupation actuelle, je dirais même un préoccupation de l'actualité. Je le formulerais de la façon suivante : comment peut-on empêcher la guerre ? Parce que c'est exactement le problème.
Comment peut-on empêcher la guerre ? Vous voyez que cela touche des sujets brûlants. Vous avez remarqué dans ces récits que nous lisons depuis un certain temps, il y a plusieurs personnages qui sont censés être des rois, David, des dignitaires, Joab, Amasa et plusieurs officiers, et puis, il y a le peuple. On a l'impression que du côté du roi David, ce n'est pas très brillant, c'est exactement ce qu'on appelle aujourd'hui une fin de règne. Le vieux roi est vieux dans tous les sens du terme, ce pauvre David est un peu gâteux, il n'a plus tout à fait le contrôle de la situation. Comme toujours quand les rois vivent trop longtemps, il y a toujours un vizir qui veut être calife à la place du calife. Il y a déjà eu l'épisode d'Absalom, et maintenant, il y a l'épisode de Shéba, ce fils de Bikri dont on ne dit rien, sinon que c'était un vaurien. C'est tout dire. Si en Israël, même les vauriens prétendent à la royauté, c'est dire d'une par que la royauté est très fragile et d'autre part que la royauté peut être conquise par des vauriens, ce qui n'est pas un très grand éloge de la royauté. D'ailleurs, quand on lit l'Ancien Testament, il faut bien reconnaître que la royauté n'est pas recouverte d'éloges. Il y aura un courant anti-royal pendant tout l'Ancien Testament. En fait, la plupart des textes que nous lisons sur la royauté, c'est d'ailleurs assez étonnant, ne sont pas des textes qui vont dans le sens de la glorification du pouvoir royal, c'est toujours que le pouvoir royal n'est pas terrible.
Ensuite, nous avons un certain nombre de personnages, de hauts dignitaires, et notamment, cette espèce de traîneur de sabre un peu médiocre qui s'appelle Joab, qui est de tous les coups fourrés, qui est la grosse brute un peu sournoise, un peu méchante, un peu méchante, un peu violente, je ne veux pas faire de parallèle avec l'actualité, mais cela fait partie de ce mauvais côté de la défense à tout prix du pouvoir, de la force, de s'imposer, Joab, c'est la caricature du soldat, c'est un homme dont David lui-même se méfie un peu. D'autre part, il y a cet Amasa qui est un peu un rival dans la hiérarchie militaire, et vous l'avez entendu hier, c'est l'épisode de cet assassinat : Amasa qui a levé des troupes pour partir à la recherche de Bikri qui a prétendu à la royauté et pour venger le déshonneur qu'a infligé Bikri au roi, en réalité dans le récit, on soupçonne Amasa d'avoir traîné pour ramasser des gens et pour prendre le pouvoir quand il aurait tué Bikri. En clair, à la lecture du récit, c'est cela qui est dit, c'est complot sur complot. Toujours est-il que quand Joab rencontre Amasa, le général rival, il n'a qu'une solution, c'est de le tuer par ruse, il fait semblant de lâcher son épée par terre, et au moment où il va l'attraper par la barbe, c'est le geste de l'embrasser, il récupère vite son épée et il la lui plante dans le ventre et le pauvre Amasa meurt.
On voit bien qu'ici, rien n'empêche la guerre et la violence. David dit à Amasa de tuer Bikri, puis il dit à Joab s'aller tuer ceux qui sont en train de se révolter contre lui, on a l'impression très nette que ni le roi, ni Joab n'ont d'autre moyen de contrôler la situation que par la guerre et la violence, et notez-le bien la violence interne, c'est-à-dire que la royauté introduit des rapports violents à l'intérieur d'Israël. C'est contre la Loi, c'est contre l'idéal de tout ce que Dieu avait voulu en donnant la Loi à Moïse, c'est le déchaînement de la violence par le pouvoir politique.
C'est très intéressant, car dans la tradition ancienne d'Israël, on considérait que plus on était élevé dans la hiérarchie, plus on devait avoir de sagesse. Donc, normalement, le roi est celui qui a le plus de sagesse, et ensuite ses officiers devraient avoir beaucoup de sagesse, les sous-officiers un peu moins de sagesse jusqu'au menu peuple qui lui, travaille de ses mains et donc n'a pas le temps ni la réflexion suffisante pour avoir des maximes ou des réflexions de sagesse. C'est cela la pointe du récit. Joab qui devrait avoir la sagesse de rétablir ou de sauver l'honneur de la royauté non pas par la violence mais par des pourparlers de paix, quand il arrive devant la ville, il n'a qu'une idée, c'est de faire des travaux de sape à la fois pour détruire le rempart, perdre une ville fortifiée, c'est complètement stupide de démolir ses propres fortifications. Deuxièmement, risquer de passer la population au fil de l'épée puisqu'elle a hébergé Bikri qui est le traître et le dangereux, et puis troisièmement, tuer Bikri soi-même.
C'est là que nous avons une manifestation (vous me direz que ce n'est peut-être pas une grande manifestation de sagesse), c'est cette femme qui grimpe sur les remparts, qui a compris ce que voulait Joab et qui lui dit : "Que fais-tu ? Tu détruis Israël pour sauver le roi ?" C'est tout le problème de la royauté. Est-ce qu'on sauve le roi ou est-ce qu'on sauve le peuple ? Il faut arriver à sauver le peuple et le roi. Et celle qui trouve la solution, c'est la femme sur les remparts. C'est donc une femme du peuple, c'est pour cela que c'est noté qu'elle est une femme du peuple. Normalement, elle ne devrait pas avoir de sagesse, elle devrait retourner à ses cuisines et à ses fourneaux. Mais en réalité, elle a plus de "gin-gin" politique que Joab et peut-être même que David. On a là un texte très intéressant, c'est le fait qu'en Israël, Dieu ne ménage pas la sagesse. Quand le roi est gâteux et les officiers violents, Dieu donne la sagesse à une pauvre femme qui quitte sa cuisine et ses fourneaux pour aller expliquer à Joab l'art et la manière de faire. Cette femme a beaucoup de sagesse, puisque premièrement, elle arrive à dire à Joab : arrête tes travaux de sape, on va discuter, et deuxièmement, c'est encore elle qui convoque l'assemblée dans la ville, ce qui ne se faisait pas puisque c'était le rôle des anciens. Donc, elle arrive à persuader les anciens de la ville, qu'il vaut mieux tuer Bikri et sauver tout le peuple.
Tout cela n'est pas très édifiant, mais vous remarquerez que les problèmes actuels sont à peu près les mêmes. Pour sauver le peuple, que fait-on ? Je pense qu'on ne bascule pas la tête par-dessus les remparts, mais on n'en est pas loin ! A qui Dieu donne-t-il la sagesse quand il s'agit de sauver ? Pas nécessairement au roi, pas nécessairement aux officiers, il peut la donner à une brave femme de la ville assiégée.
Je pense que cela peut nous aider nous, à réfléchir sur le sens même de la sagesse. On pourrait voir, mais cela dépasse le cadre de ce sermon, qu'en Israël, le problème de la sagesse a été perçu au départ comme uniquement la propriété ou la spécialité des gens de gouvernement, et petit à petit, la sagesse est devenue quelque chose pour tout le monde. C'est pour cette raison qu'à certains moments, dans les textes plus tardifs de la sagesse, la sagesse d'adresse aux insensés, aux idiots et aux imbéciles, ce qui veut dire que vous n'avez pas perdu toutes vos chances. Venez, il y a encore de l'espoir. C'est là le problème de la sagesse dans l'Ancien Testament : comment Dieu peut-Il partager la sagesse, pas simplement à ceux qui sont censés l'avoir parce qu'ils ont les conditions normales d'humanité heureuse, dominatrice pour l'exercer, mais finalement la donner à tout le monde.
En fait, cela s'accomplira dans le Nouveau Testament, quand le Christ viendra, Il sera littéralement la sagesse personnifiée à portée de tous.
AMEN