PRENEZ, MANGEZ, BUVEZ
Gn 14, 18-20 ; 1 Co 11, 23-26 ; Lc 9, 11b-17
Douzième dimanche du temps ordinaire, Fête du Corps et du Sang du Christ – année C (dimanche 19 juin 2022)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
Frères et sœurs, comme il fait chaud et que nous allons avoir le plus beau sermon du monde, c'est-à-dire le baptême de deux enfants et la première communion de Diane, Eden et Axel, je me contenterai de vous faire un petit sermon avec une grosse question et beaucoup d'interrogations que vous vous poserez vous-mêmes, de telle sorte que je suis sûr que pendant toute la semaine ce sermon et cette question vont résonner dans votre cœur et que ce sera pour votre plus grand profit spirituel. Je sens un soulagement passer dans l'assemblée…
Frères et sœurs, que fait-on quand on communie ? Cela vous paraît évident : comme disent certains, on reçoit l’hostie, le pain consacré, le corps et le sang du Christ. D'accord, mais qu'est-ce qu'on fait ? Quelle est la première chose que Jésus a dite ? « Prenez et mangez. Prenez et buvez ».
Jésus a donné dans le moindre détail que le geste qu'il allait faire, Lui pour nous, commençait par le fait que nous tendions la main pour recevoir le pain ou la coupe, et qu'ensuite nous mangions et nous buvions. On ne souligne jamais cela et pourtant c'est étonnant. Quand Jésus, nous le croyons, veut communiquer sa vie à tous les croyants, à ceux qui communient et reçoivent le corps et le sang de Christ, Il dit qu'il faut prendre, qu'il faut manger et boire. C'est le plus important parce que si on ne le fait pas, on ne peut pas communier. Jésus l’a voulu comme cela. Mais le plus extraordinaire, c'est que la plupart du temps, surtout dans le monde très intellectualisé, très spirituel, très religieux dans lequel nous essayons de nous débattre, nous pensons que ce sont les idées qui comptent : eh bien ce n’est pas vrai. Ce n’est pas ce que l’on pense. Il n’a pas dit : « Concentrez-vous et pensez ». Il n'a pas dit : « Fermez les yeux et réfléchissez ». Mais « Prenez avec votre main, mangez et buvez dans votre bouche ».
Autrement dit, le geste même de la rencontre du Christ avec chacun d'entre nous commence par le geste le plus nécessaire, le plus simple, le plus beau, qui est de porter quelque chose à sa bouche, avec tout le respect que l'on doit à la nourriture qui nous permet de vivre. C'est quand même extraordinaire. Jésus a trouvé là le vaccin "anti-virus spirituel". Il a voulu tout simplement que, quand nous sommes rassemblés pour célébrer ensemble, quand nous sommes l'Église, nous commencions par un geste qui n'est pas une élucubration de notre pensée, de notre raison ou de notre intellect, mais que ça commence par ce qu'il y a de plus humain en nous, manger, boire et saisir la nourriture dans un plat.
Frères et sœurs. Je crois qu'Il a raison. D’ailleurs, Jésus a toujours raison. Comme disait l'autre, s'Il avait tort, je changerai d'avis. C'est ça le geste de Jésus. Il veut que nous abordions le mystère de sa présence et de son amour par le geste le plus humain, le premier que nous avons posé depuis que nous avons tété le sein de notre mère, et jusqu’au fait d'aller au restaurant pour faire des grandes fêtes. Il a voulu faire référence à ce geste et Il n’a pas dit : « Vous irez chercher du pain dans la huche et du vin chez le caviste ». Il a dit : « Prenez, mangez, buvez ». Il a voulu que le geste par lequel Il fait passer sa présence, son amour, l'absolu de son amour, cet amour qui se donne pour nous sur la Croix, soit le plus humain possible.
Je ne sais pas pourquoi on s'est mis dans la tête ensuite de vouloir spiritualiser cela de façon extraordinaire. Sans doute, c'est très louable. Mais la communion, c'est d'abord recevoir. Parce que cela nous a été donné et qu’on le reçoit. D'ailleurs là aussi, Il a dit « prenez », Il n’a pas dit « mordez » ; « prenez » c'est-à-dire « tendez la main ».
Je sais bien que pour des raisons de sécurité, les prêtres au Moyen Âge n'ont pas voulu donner la communion autrement que dans la bouche, mais à l'origine, quand vous regardez toutes les représentations de la communion, c'est « prenez », « ouvrez la main pour recevoir et pour prendre et porter à votre bouche », et « mangez » c’est-à-dire non pas « essayez de l'avaler tout rond ». « Mangez », c'est-à-dire, prenez le temps de découvrir que Dieu veut passer tout son amour, tout son salut, toute sa grâce, toute sa présence par son incorporation à nous, par le geste de nous nourrir.
Frères et sœurs, c'est cela le Saint-Sacrement. Ce n'est pas d'abord ce que l'on pense ni les idées pieuses qu'on a. C'est le geste. Celui de nous avancer et de pouvoir recevoir ce Corps, cette présence, cet absolu de l'amour de Christ. C'est incroyable. Quelles sont les religions qui disent que l'absolu de l'amour, des dieux ou de Dieu, passe par un geste si simple ? Jésus l’a fait, Il a osé le faire, et Jésus nous fait confiance : nous aussi nous sommes capables de croire. C'est pour cela que quand on communie, on dit « Amen », on croit vraiment que l'on reçoit le corps du Christ comme le pain consacré, le pain de vie, le pain qui vient nous nourrir et faire de nous ses enfants.
Frères et sœurs, avec Diane, Eden et Axel qui communient pour la première fois, et puis avec Mao et Abel qui vont être baptisés pour pouvoir communier un jour – car c'est pour cela que l'on est baptisé, pour communier – que nous redécouvrions cette dimension au plus profond de nous-mêmes, de notre vie, de notre être, de notre vie familiale.
En somme, vous comprenez maintenant pourquoi, dans une certaine tradition tout à fait légitime, on faisait le bénédicité avant le repas, ce n'était pas pour transformer le repas en eucharistie, mais c'était pour nous souvenir que chaque fois que nous mangeons le pain, que nous buvons ensemble, c'était un signe que Dieu voulait être présent parmi nous, de la même façon, « prenez et mangez-en tous, prenez et buvez-en tous ». Amen.