LA RESURRECTION, UN ACTE DE RE-CREATION
Ac 13, 16+26-37 ; Mt 28, 16-20
Samedi 2 avril 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois
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Fères et Sœurs, comme nous l’avons médité tout au long de cette semaine, ces évangiles des apparitions du Ressuscité ne sont pas exactement des évangiles de la résurrection. En réalité, il n’y a pas d’évangile de la résurrection, c’est une chose qu’il faut bien savoir, il n’y a pas un évangile qui raconte exactement le moment de la résurrection. La résurrection a toujours été l’objet d’une proclamation, d’une annonce, d’un témoignage à travers le Ressuscité, mais personne n’a vu le Christ ressusciter d’entre les morts. C’est une chose à savoir parce qu’il y avait des gens qui se posaient la question à une certaine époque de savoir si on avait mis une caméra dans le tombeau, ce qu’on aurait vu etc. On n’aurait rien vu, rien du tout.
Que faut-il retenir de cette approche ? Que quand le Christ est ressuscité, il ne peut se manifester qu’à travers un certain nombre de directions, de dimensions, d’aspects, d’événements qui tous d’une façon ou d’une autre traduisent un aspect de la résurrection. Le phénomène de la résurrection est équivalent véritablement à la création nouvelle, c’est un acte de recréation. Et par définition, il échappe à notre regard. Qui peut être contemporain de sa propre création ? Personne. Le mystère de la résurrection se déroule entre le Père et le Fils par la puissance de l’Esprit. D’une certaine manière, la réalité totale, globale de la résurrection s’accomplit dans la trinité. Mais alors, il faut qu’il y ait répercussion de cet événement de recréation, non seulement par la résurrection de Jésus lui-même, mais du début de notre propre recréation à travers un certain nombre d’événements qui nous sont rapportés comme quelques angles de prise de vue sur le mystère lui-même, ou plus exactement comme des rayonnements dans plusieurs directions à partir de ce phénomène, de cette réalité fondamentale de la résurrection elle-même. Et ce midi, l’évangile qui conclut cette série pour la semaine pascale, avant celui de demain qui sera l’apparition de Jésus au cénacle, c’est une apparition précisément qui est un peu hors norme.
Pourquoi ? Parce qu’elle a lieu en Galilée. Il y a d’autres apparitions en Galilée. Les autres apparitions en Galilée sont localisées, ce sont uniquement les apparitions sur les bords du lac de Tibériade. C’est, comme on l’a vu hier, le Christ qui fait référence à la vie quotidienne des disciples pour leur dire « Ma résurrection ne vous retire pas de la vie quotidienne, au contraire elle vous apprend à la vivre autrement ». Ici, dans la question de l’apparition du ressuscité aux onze, d’abord c’est l’objet d’un déplacement. Il a donné rendez-vous. Il n’y a pas de surprise si je puis dire. « Ils me retrouveront en Galilée ». C’est une apparition un peu étrange puisque précisément, ce n’est pas une apparition où il surgit, mais une apparition-rencontre, une apparition-rendez-vous. Le timing est prévu. Les disciples arrivent sur la montagne, on ne précise pas laquelle, mais c’est une montagne de Galilée.
Pourquoi la Galilée ? Ça signifie quelque chose d’assez particulier dans la mentalité de l’époque. Le surnom de la Galilée ou sa caractéristique principale, c’est Galilée des nations. Ca veut dire que la Galilée était déjà un pays mélangé. Il y avait des juifs, des petites communautés, des synagogues dans lesquelles Jésus dans son itinérance de ministère a prêché à plusieurs reprises, notamment Nazareth. Mais surtout, c’était un véritable damier de petits villages, tantôt de petites villes juives, tantôt de villes franchement païennes, normalement parlant grec, mais il y avait même une ville qui était purement romaine, dans laquelle d’ailleurs Jésus n’a jamais mis les pieds, c’était la ville de Tibériade. A Tibériade, Hérode avait fait exprès de bâtir la ville sur un cimetière et les juifs ne pouvaient pas aller dans une ville cimetière de peur de se souiller au contact des tombeaux et des ossements. C’est pour dire le bariolage ethnographique de la Galilée, c’était un peu incroyable. Or, c’est précisément là, à cet endroit de la Galilée des Nations que Jésus donne les trois grands axes de la mission des apôtres : allez, c’est la première chose, l’itinérance de la parole. Enseignez, quand on y va, c’est pour enseigner. Baptisez-les, parole et sacrement. Et enseignez-leur tout ce que je vous ai dit, c’est-à-dire formez les communautés d’églises qui vont être le lieu même de ma manifestation.
Ici, Jésus explique les différents registres dans lesquels va se manifester sa présence à travers le monde entier. P
Premièrement, l’itinérance de l’Eglise, l’itinérance non seulement non seulement des missionnaires mais des communautés elles-mêmes. Il ne faut pas oublier que les communautés chrétiennes vont s’appeler paroisses, c’est-à-dire campements. Paroikia, ça veut dire campement. Précisément, ça n’est pas une demeure fixe. Les paroisses, on ne s’en rend pas tellement compte parce que maintenant tout a été quadrillé, mais paroikia, ça a été choisi pour dire que la communauté est en route vers le royaume. C’est la première chose.
Deuxièmement, enseignez à toutes les nations. C’est-à-dire l’universalité du message chrétien. Il n’y a pas de limite, pas de limite ethnique et c’est pour ça que Jésus choisit la Galilée pour le proposer. Si vous relisez les actes des apôtres, c’est construit sur ce schéma-là. Il faut que ce soit toutes les nations qui soient enseignées. C’est pour ça que Luc a rédigé les actes depuis Jérusalem jusqu’à Rome, ce qui à cette époque-là représentait à peu près le tour du monde.
Et ensuite baptisez-les, c’est-à-dire donnez le signe de ma présence. C’est ça le baptême. Plongez-les dans la présence du ressuscité, plongez-les dans la nouvelle création.
Et puis enfin, enseignez tout ce que je vous ai dit, c’est-à-dire faites-leur découvrir la manière dont cette nouvelle création, dont cette nouvelle puissance de vie que je vous charge de transmettre commence à agir en eux. Et c’est pour ça qu’à la fin, il conclut « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » ce qui est la définition de l’Eglise, ce qui est la traduction littérale d’un des noms du Christ qui a été donné depuis le début : Emmanuel, « Dieu avec nous ».
Frères et sœurs, il est assez intéressant de voir qu’à travers une formule qui peut nous paraître une sorte de conclusion de rédacteur un peu habile et qui veut terminer en beauté, en réalité c’est toute la théologie de l’église qui est comprise dans ces quatre versets. C’est tout le mystère de l’Eglise telle que nous la vivons aujourd’hui, Eglise d’itinérance. Nous sommes ici sommes ici comme des voyageurs sur la Terre, c’est saint Paul qui le dira. Eglise porteuse de la parole et du message de l’annonce du Salut. Eglise qui est le lieu de réalisation de la nouvelle création par les sacrements. Et Eglise qui reçoit du Christ la force d’accomplir le service du royaume et le service de la communauté. Frères et sœurs, que cet évangile nous aide à conclure la semaine de Pâques et le mystère de Pâques en beauté.