JESUS EST VRAIMENT ALLE DANS LE DOMAINE DES MORTS
Ac 2, 36-41 ; Jn 20, 11-18
Mardi 29 mars 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois
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I |
Ces deux épisodes, cet enchaînement des deux choses dans saint Jean est orchestré d’une façon encore plus fine et plus subtile que dans l’évangile de saint Matthieu. Pour ce qui est des anges, il est étonnant que saint Jean les place dans le tombeau. Dans saint Matthieu, ils sont en dehors du tombeau. Or là, ils parlent depuis le lieu même de la mort. C’est-à-dire que les anges se donnent pour mission de montrer que la merveille qu’ils ont rencontrée, ils l’ont rencontrée au cœur de la mort de Jésus, et qu’ils l’ont rencontrée dans le tombeau. Cela nous rappelle une chose qui sera développée plus tard dans la foi chrétienne des premières décennies : la descente aux Enfers, c’est-à-dire le séjour de Jésus dans la mort.
Les anges, parce qu’ils sont dans le tombeau, dans les enfers, sont témoins de la descente de Jésus dans le royaume de la mort. Il ne s’agit pas d’essayer de comprendre uniquement comment Jésus est sorti du tombeau, ces récits, disent aussi qu’il est réellement mort et qu’il a vraiment participé à ce qu’on peut appeler à cette époque-là le domaine des morts, le domaine de l’Hadès, le monde invisible des morts. C’est cela que Jean veut nous dire. Quand Marie-Madeleine arrive et qu’elle se penche par curiosité sur le tombeau, elle voit les anges qui sont encore en train de contempler et de témoigner de ce que Jésus a été dans le domaine des morts. C’est l’affirmation « Il est vraiment mort ». On ne peut pas dire qu’il est vraiment ressuscité sans affirmer auparavant de façon tout aussi nécessaire et tout aussi réaliste qu’il est vraiment mort. Jésus n’a pas fait semblant de mourir, et c’est parce qu’il est mort réellement qu’il est ressuscité réellement. Voilà l’enjeu du problème. C’est ce que Jean veut nous montrer à travers la posture des anges assis. Car la position assise est la position de la mort, et la position debout est celle de la résurrection. La présence des anges au creux même du tombeau, dans le domaine de la mort, assis comme des morts, témoigne qu’effectivement celui qu’ils ont rencontrés au moment de sa mort, ils l’ont rencontré dans le royaume des morts.
Ensuite, il y a le deuxième épisode : Jésus vient de dehors du tombeau, et non de dedans. Il ne s’est pas assis entre les deux anges. Il vient de dehors et Marie-Madeleine est comme fascinée par la présence des anges dans la mort (la mort est toujours quelque chose qui fascine). Et au moment même où elle se dit « Ils me disent qu’il est vivant mais en réalité ils sont plutôt les témoins de sa mort à travers la présence au tombeau », elle entend une voix. Elle ne voit pas, elle entend. Marie-Madeleine passera de la mort à la reconnaissance de Jésus vivant par la voix de Jésus, et c’est notre cas à tous. Nous passons d’abord par la mort, puis nous sommes appelés au baptême par notre nom, pour entrer plus tard dans la vie et voir le Christ ressuscité. On a là une sorte d’abrégé de catéchèse baptismale : voir la mort en face, la mort de Jésus, être presque fasciné par le réalisme et l’horreur de cette mort, puis tout à coup, se laisser détourner par la voix, la parole qui nous est annoncée. En l’occurrence, il lui dit simplement « Marie ». Et quand elle reconnaît la voix, elle peut alors dire « Maître ». D’une certaine manière, elle va ensuite s’engouffrer dans une fausse piste en essayant de lui tenir les pieds et de l’enserrer comme si elle voulait garder contrôle sur lui. Pour nous, c’est la même chose : par le baptême, nous sommes mis face au mystère de la mort de tout homme par le mystère de la mort du Christ, mais ensuite, nous sommes appelés à nous détourner par la voix de l’évangile qui nous appelle par notre nom et à entrer dans la gloire de Jésus notre Seigneur.
AMEN