JE VEUX DEMEURER CHEZ TOI
Dt. 4,5-9 ; Lc 19,1-10
Mercredi 2 mars 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois
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rères et Sœurs, dans la tradition du carême qui est ce cheminement où l’on prépare les catéchumènes à réaliser dans leur propre vie, dans leur propre attitude fondamentalement spirituelle, qui est Dieu pour eux et ce que Dieu veut pour eux, il y avait un certain nombre de textes, dont celui que nous venons d’entendre, l’évangile de Zachée, qui étaient fondamentaux. Pourquoi ? Parce que le temps catéchuménal était le grand moment de la vie des églises, et il y a maintenant quinze cents ans de cela, les catéchumènes, qui étaient des adultes, avaient encore des réflexes profondément païens pour penser Dieu. Donc, au lieu de s’imaginer Dieu comme cette espèce de potentat qui tient la destinée des hommes, qui les manipule, et auquel les hommes doivent être soumis sans avoir rien à dire, les chrétiens annonçaient un dieu proche. C’est la raison d’être des deux textes que nous avons entendus aujourd’hui.
Je ne reviens pas sur le Deutéronome. Déjà Israël avait été émerveillé de la sollicitude de Dieu qui était proche parce qu’il lui donnait une loi. Israël avait conscience d’être façonné, modelé humainement, de l’intérieur, par la loi qui leur avait été donnée. Et cette conscience-là était encore très vive dans les milieux juifs des premiers siècles de notre ère.
Sous son côté provocateur et un peu incongru, l’histoire de Zachée est véritablement la parabole de la proximité de Dieu. En effet, simplement quelques traits pour le montrer : d’abord à cause de son métier, Zachée est un publicain, c’est-à-dire il était considéré pratiquement comme un brigand, un exploitant au service du fisc romain pour pomper jusqu’au dernier centime la population juive qui par ailleurs avait une double part d’impôt. (Ils avaient l’impôt pour les romains et l’impôt pour le temple. S’il y a des gens qui ont payé de l’impôt dans l’Antiquité, ce sont vraiment les juifs qui avaient double peine.) Zachée était du côté des collabos, de ceux qui devaient avancer les frais de l’impôt pour une population et se rembourser après. Et pour le remboursement, j’aime autant vous dire que l’on arrondissait au franc supérieur. C’était terrible !
Zachée est hors du temple, hors de son temple, et cependant, il est travaillé de l’intérieur par la curiosité. Il est encore séparé de ce qu’il voudrait voir : il voudrait voir Jésus, comme on veut voir la vedette qui passe. Il est séparé par le fait qu’étant petit de taille, il ne peut pas voir. Donc, il connaît au maximum l’éloignement : éloignement du peuple, éloignement de Jésus. Et donc, la troisième solution est celle de l’éloignement. Monter sur un arbre, cela revient à se couper du coude à coude de la foule qui attend de voir passer Jésus, et à prendre de la distance par rapport à Jésus en voulant le regarder comme une bête curieuse.
Et tout bascule au moment où le Christ dit « Je veux demeurer chez toi ». Voilà la grande proclamation de Jésus sur la proximité de Dieu « Je veux aujourd’hui demeurer chez toi ». C’est ça la beauté de ce récit. A partir du moment où Zachée comprend que Dieu a envie d’être plus proche que jamais, plus encore que ce qui était prophétisé ou reconnu dans le deutéronome, à ce moment-là, vite il descend et il accueille Jésus chez lui. Et intuition géniale, il se rend compte que s’il veut accueillir Jésus chez lui, il faut qu’il l’accueille avec ses propres amis qui eux aussi sont des publicains et des pécheurs et qui ne croient pas à la proximité de Dieu. Ses amis vont être là, invités gratuitement par Zachée, et ils vont être les témoins de la conversion de Zachée bouleversé par la proximité du Christ.
Frères et sœurs, c’est une parabole qui est tellement actuelle, tellement profonde que dans l’histoire de l’Eglise, quand on voulait fêter la dédicace d’une église, c’est-à-dire ce bâtiment d’église dédié, dédicacé à Dieu, c’était le texte de Zachée qu’on prenait. On voulait dire par là que l’église était le lieu de la proximité de Dieu, non pas un enclos sacré dans lequel il faut montrer patte blanche pour entrer, mais précisément la maison du bon dieu, c’est-à-dire la maison pour tous, la maison dans laquelle on entre simplement pour être accueilli dans la proximité de la tendresse et de l’amour de Dieu. Amen.